mercredi 31 mars 2010

La cathédrale de Maguelone : Montpellier et ses environs

Les Wisigoths, les Arabes et Charles Martel : Maguelone, une cathédrale déguisée en forteresse

Maguelone, la cathédrale près de MontpellierUne cathédrale, dit-on, est un édifice magnifique, avec, en général, des meubles sacrés d'une grande valeur non seulement du point de vue de l'ancienneté, mais aussi du côté artistique. Toutefois, quand on entre dans la cathédrale de Maguelone on voit, à première vue... rien. La cathédrale semble entièrement vide.

À deuxième vue, toutefois, le visiteur est impressionné par la majesté et la sobriété des murs de pierre. Il quitte alors le portail dans lequel il s'est arrêté, malgré lui, et il se donne entièrement à l'ambiance de la cathédrale. On dit que les gens sensibles à la réception des ondes énergétiques seraient irrésistiblement attirés vers un point qui, en effet, est marqué par un cercle. À cet endroit, l'énergie de la cathédrale serait cumulée, et sa force serait suffisante pour recharger une personne réceptive en énergie positive.

Toutefois, même les gens qui ne sentent pas l'énergie légendaire de ce lieu sont impressionnés par l'ambiance à l'intérieur du bâtiment, créée par les murs épais de deux mètres. Ces murs donnent l'impression d'avoir résisté beaucoup plus de mille ans. En effet, le premier évêché de Maguelone, une petite île à quelques kilomètres de Montpellier, a été créé dans l'année 533. Des fouilles ont produit des sarcophages et d'autres vestiges qui parlent de cette époque. On connaît même le nom des premier évêques de Maguelone : Génésius et, en 673, Gulmidius, son successeur. La légende raconte que ce Gulmidius se serait mêlé de la politique et aurait soutenu la révolte contre un des rois Wisigoths.

Mais, malheureusement, la première cathédrale de Maguelone a subi le même sort que tant de monuments à Montpellier et dans ses environs : elle a été détruite. On pourrait dire que c'est la "faute" aux Arabes qui, en 719, envahissent la Septimanie. Ils découvrent l'île de Maguelone, tombent amoureux de leur beauté - on sait que les Arabes étaient très branchés aux sciences et arts et qu'ils révéraient tout ce qui était beau - et de sa position stratégique, et ils décident de l'aménager comme port marchand, désormais baptisé "Port Sarrasin".

Maguelone, la cathédrale et les MauresSi les nouveaux maîtres des lieux avaient été des révolutionnaires du 18ème siècle, la cathédrale de Maguelone aurait probablement été le premier objectif ciblé par leur colère destructive. Mais les Arabes réagissaient différemment : ils ne laissaient pas seulement debout les témoins de la culture qui régnait sur les places qu'ils ont accaparées, ils sont allés jusqu'à autoriser tout genre de culte. Ainsi, la cathédrale de Maguelone a pu poursuivre ses affaires, et les évêques pouvaient dormir aussi tranquille que sous les Wisigoths.

Toutefois, les Français n'étaient pas heureux de cette solution. Déjà, Charles Martel emporte quelques victoires au nord de la France et il avance vers le sud - jusqu'au jour où il arrive à Maguelone. L'histoire relate que sa victoire sur le "Port Sarrasin" ne fait partie qu'un raid glorieux, qui "libère" la France entière des Maures. Malheureusement pour Maguelone, il "libère" l'île aussi de sa cathédrale : après son passage, il ne reste pas un seul Arabe, mais la cathédrale non plus.

Ainsi, l'île de Maguelone de la fin du huitième siècle n'est qu'un lieu triste, envahi non plus des Maures, mais des ruines où seul les pirates se sentent bien.

Ce n'est que trois cents ans plus tard qu'un autre homme important arrive pour chasser les "habitants" de l'île : cette fois-ci, ce n'est pas un homme de guerre comme Charles Martel qui s'occupe de l'île, mais un évêque nommé Arnaud qui vient pour rendre à Maguelone sa gloire d'autrefois. Il fait reconstruire une sorte de château fort qui sert à éloigner les pirates, et il le déclare cathédrale. La nouvelle cathédrale de Maguelone est construite.

Maguelone, Montpellier et la cathédraleCette cathédrale-forteresse ne plaît pas seulement aux évêques sur place, mais aussi aux papes à Rome qui lui rendent fréquemment visite. Encore de nos jours, nous trouvons des témoignages de cette proximité avec le goût romain, par exemple l'autel tourné vers le public, juste comme à Saint Pierre de Rome.

L'évêque Arnaud a atteint son objectif : l'île de Maguelone et sa cathédrale sont de nouveau connues partout dans le monde chrétien. Depuis Arnaud, on ne peut d'ailleurs plus vraiment parler d'une île - il a fait construire un passage qui la lie à la terre ferme.

Maguelone reste tranquille pour presque 500 ans. Or, au début du 16ème siècle, un petit village près de la cathédrale qui, jusqu'à lors, n'avaient d'importance que pour quelques pêcheurs, est devenu une ville importante : Montpellier. Et en 1562, les Montpelliérains sont devenus si puissants qu'ils peuvent, avec succès, réclamer l'évêché.

Mais ce n'est pas la fin - d'autres "habitants" s'emparent de la cathédrale de Maguelone, et d'autres "justiciers" se trouvent pour les en chasser et, en passant, endommager la cathédrale...

De nos jours, on dirait que la cathédrale de Maguelone serait arrivée à la fin de ses souffrances. Il est vrai qu'elle a toujours ses "envahisseurs", mais les envahisseurs d'aujourd'hui ne sont que des touristes. Elle a été adoptée comme un des monuments les plus importants des environs de Montpellier, et les Montpelliérains apprécient les plages qu'elle domine.
Photos et texte : copyright Doris Kneller

jeudi 25 mars 2010

Montpellier et "60 Earth Hour" : Montpellier et le label de "ville écologique"

Montpellier et la terre : la lutte contre le changement climatique et l'échauffement de la planète

Montpellier, ville écologiqueSamedi prochain, Montpellier participera à l'opération baptisée "60 Earth Hour", une manifestation censée sensibiliser au réchauffement climatique de notre planète. Pendant une heure, plus de 250 villes en France et 2124 villes dans 115 pays du monde éteindront les lumières autour leurs monuments pour rappeler aux gens que tout le monde est responsable de notre environnement. À Paris, la Tour Eiffel ne sera dans le noir que pendant cinq minutes, mais le Louvre, l'église de Notre-Dame, la place de la Concorde ou l'Arc de Triomphe resteront "cachés" pendant une heure. Autour de la Tour Eiffel, on allumera par contre 1600 bougies - une pour chaque Panda qui, jusqu'à aujourd'hui, a survécu l'extinction menaçante de son espèce.

À Montpellier, les éclairages de la place de la Comédie et de l'Arc de Triomphe seront éteints entre 20.30 et 21.30 heures. Ce n'est pas la première fois que Montpellier participe à cette manifestation. Déjà l'année dernière, la ville près de la Méditerranée faisait partie des presque 200 pionnières françaises qui s'échauffait pour cette action inventée par le WWF, le Fonds mondial pour la nature, pour réveiller les gens qui n'auraient pas encore compris que la planète va mal.

Nature à MontpellierSelon la municipalité de Montpellier, la ville prendrait vraiment au sérieux les menaces écologiques sous lesquelles vivent les habitants de la terre. Déjà, elle a créé il y a presque deux ans la "Maison de l'Énergie de Montpellier" qui a pour but de "changer les mentalités" et faire en sorte que tout le monde soit conscient de la valeur d'un environnement sain. Toutes ces actions - comme la création de la Maison de l'Énergie ou la participation à l'action "60 Earth Hour" - font partie d'un plan européen qui demande à tous les pays de notre continent de s'engager pour la prise de conscience écologique de ses habitants et de lutter contre l'échauffement planétaire. Avec sa Maison de l'Énergie, Montpellier souscrit notamment au plan climat de la région Languedoc-Roussillon.

Un autre contrat qui a été signé par la municipalité concerne les gaz à effet de serre : Montpellier fait partie des "Eurocities", un "pacte des maires" contre le changement climatique. Mais il va de soi que la volonté de mériter le label d'une ville écologique implique plus que la signature de contrats. Ainsi, la nouvelle mairie de Montpellier aura des chauffages et éclairages sur le dernier standard écologique, et déjà l'année dernière, les lumières de la place de la Comédie ont été échangées contre des lampes certes moins lumineuses, mais avec un besoin énergétique moins élevé et avec moins d'émissions de gaz à effet de serre.

Montpellier et l'écologieSelon le WWF, l'action de sensibilisation à l'état de la planète de ce samedi concernera 11 millions de Français. Mais, pour tenter même ceux qui n'ont pas trop envie d'être sensibilisés, il n'est pas seulement question d'écologie, mais aussi d'économie : l'heure du black out, du noir, en France - pour ne pas parler des autres presque 2000 villes au monde - correspondrait à un gain de 800 mégawatts - comme si 13 millions d'ampoules de 60 watts étaient éteintes pendant une heure. En tout, ceci fait une économie d'un pour cent sur la consommation d'électricité en France…

Et, comme par hasard, cette jolie économie - et action symbolique de l'écologie - ne précède que d'autres économies qui, selon les calculs officiels, sont encore plus importantes : l'heure d'été qui, comme par hasard, commencera quelques heures après le "60 Earth Hour" contre le changement climatique sur terre amènera des gains économique - et écologique - encore plus prometteurs.
Photos et texte : copyright Doris Kneller

mercredi 24 mars 2010

Montpellier et Louisville : Thomas Jefferson et les trois "Louis"

55 ans de jumelage : les points communs entre Montpellier et Louisville

Jumelage : Montpellier et Louisville

Ça y est, le 55ème anniversaire tant attendu du jumelage de Montpellier et Louisville est arrivé. La plaque commémorative de la visite de Thomas Jefferson, président des États-Unis et un des "pères" de la déclaration de l'indépendance, est enfin posée.

Tous les Montpelliérains connaissent l'histoire de la visite de Thomas Jefferson à Montpellier et chez Paul Joseph Barthez, à l'époque directeur du jardin des plantes, où il est tombé amoureux du bon vin de la région et, notamment, de Saint-Georges-d'Orques. Mais sa ville, Louisville, est plutôt peu connu à Montpellier.

Louis XIV à MontpellierIl est vrai qu'avec ses presque un million d'habitants, Louisville est plus grande que Montpellier. Toutefois, il n'y a pas mal de points qui lient la ville au nord de Kentucky à la capital du Languedoc-Roussillon. - Déjà, il y a les "Louis" de Montpellier et de Louisville. Tandis que Montpellier n'oublie jamais la présence de Louis XIII et de Louis XIV dans ses murs, Louisville rend toujours hommage à Louis XVI qui l'a secouée pendant la guerre d'indépendance.

Ceux qui font toujours en sorte que Montpellier et Louisville restent de bons amis, ce sont les étudiants. Montpellier et Louisville sont toutes les deux des villes dont l'image est étroitement liée aux universités. Depuis les débuts du jumelage entre les deux villes, les étudiants montpelliérains rendent visite à leurs collègues louisvillians et, parallèlement, ils accueillent leurs amis de Kentucky à Montpellier.

Et, autre point que Louisville a en commun avec Montpellier, la ville américaine compte beaucoup de "grands noms" parmi ses fils. Il n'y a déjà Thomas Jefferson, mais aussi Louis Brandeis, le premier juge de la Cour suprême des États-Unis qui était juif - à l'époque un signe d'ouverture. Ceux qui apprécient la littérature américaine savent évidemment que Hunter S. Thompson est né à Louisville. Mais les amateurs du sport y trouvent aussi leur compte : non seulement que Louisville héberge une des courses de chevaux les plus renommées, le Kentucky Derby, mais elle est aussi la patrie de Mohamed Ali.

Toutefois, comme à Montpellier, les grands hommes qui ont fréquenté les rues de Louisville n'étaient pas tous nés sur place. Il y avait par exemple Thomas Edison, le pionnier de l'électricité et du téléphone qui, pendant deux ans, a vécu à Louisville. Et c'était ici que, en 1883, sa lampe à incandescence a été présentée au grand public pour la première fois.

Encore un autre point qui rapproche Louisville de Montpellier est l'eau. Tandis que l'histoire de Montpellier montre des liens étroits avec la mer, Louisville a toujours vécu avec sa rivière, l'Ohio, et les chutes de l'Ohio. C'est en fait à l'Ohio ou, plutôt, à ses chutes que Louisville doit sa richesse : pendant des siècles, les bateaux étaient obligés de décharger leurs marchandises à Louisville afin d'être assez légers pour passer les chutes. Ensuite, les bateaux ont été rechargés à l'autre côté des chutes. Or, il est clair que les équipes des bateaux n'étaient jamais assez nombreuses pour charger et recharger efficacement : les Louisvillians sont donc devenus des porteurs de marchandises.

Cette tâche, très petite à première vue, a permis à Louisville de se développer à une bonne vitesse : le travail était assuré pour tout le monde. Ainsi, le nombre d'habitants de la Louisville du début du 19ème siècle a carrément "explosé" - autant que celui des habitants de la ville de Montpellier actuelle. Malheureusement, ce bonheur de l'emploi pour tout le monde était terminé en 1830 : à ce moment, on construisit des écluses et des canaux. Les marins n'avaient plus besoin de décharger leurs marchandises, et la profession du "porteur" pour les bateaux était condamnée à disparaître pour toujours.

Montpellier et la géologieSi l'on demandait leur avis aux scientifiques, ils nous assureraient que Montpellier et Louisville se ressemblent aussi au niveau de l'intérêt qu'évoque leur géologie. Les roches calcaires de Louisville ont une origine comparable à celle de la terre calcaire de Montpellier - les coquillages.

Toutefois, il y a un aspect qui distingue Louisville de Montpellier : le climat. Tandis que le moindre flocon est une sensation à Montpellier, les Louisvilians ont l'habitude de quelques 40 centimètres de neige - chaque année.
Photos et texte : copyright Doris Kneller

mardi 23 mars 2010

Transport public à Montpellier : les trams et les bus vus par les Montpelliérains

Le Tam de Montpellier, un système inhumain ?

Tam de MontpellierLes Montpelliérains aiment-ils leurs trams et bus ? - Grèves ainsi qu'incompétence, manque d'amabilité et même grossièreté de la part des conducteurs des bus rendent en colère de plus en plus de voyageurs. "Le système de transport public à Montpellier est formidable", disent toujours la plupart des gens, Montpelliérains et visiteurs. Or, il y a de plus en plus de "mais" qui s'en mêlent.

Il y a, par exemple, beaucoup de gens qui se plaignent de l'incompétence des conducteurs des bus. Un d'eux est un homme d'une cinquantaine d'années : "L'autre jour, j'ai pris à la gare un bus numéro six. J'ai demandé au conducteur si c'est bien la bonne direction pour la rue George Brassens - avec tous ces travaux et changements d'arrêts, je m'y connais plus. Et j'ai constaté que le chauffeur ne connaissais même pas les stations de sa propre ligne."

Malheureusement, le récit de ce Monsieur ne constitue pas d'exception. Mais il y a pire - une dame, âgée d'une trentaine d'années qui, elle aussi, se plaint du manque d'information du côté d'un chauffeur de bus, ajoute : "Si, encore, il avait dit 'je suis désolée, Madame' ou quelque chose dans ce style. Mais non, il a rigolé. Ma confusion l'a amusé. J'étais obligée de m'adresser à d'autres passagers, plus gentils que lui, qui m'ont finalement aidée."

Un groupe où le Tam est plutôt mal vu : les jeunes. "Ouais, c'est vrai", dit un jeune homme, "les transports à Montpellier sont très bien, vous avez raison. Y a des bus de nuit, les trams roulent assez tard. Rien à dire. En théorie. En pratique, ça marche jamais."

Montpellier et son tramEt sa copine continue : "Jamais, c'est exagéré. Mais déjà, les samedis. Quand on veut sortir, on peut pas être sûrs qu'il y a un tram. Ils font la grève, tout le temps. Parce qu'ils veulent plus de sous. Et nous ? Qui pense à nous ?"

Le jeune homme reprend : "Elle a raison. J'ai un travail, mais c'est la galère. Je peux pas faire ce que je veux. Et beaucoup de copains sont au chômage. Pourquoi ils ne font pas la grève pour nous, pour une fois ? Ils ne pensent qu'à eux-mêmes, plus de sous, toujours plus de sous. Et ils exigent de nous qu'on soit 'solidaires'. Mais si on leur demande d'être un peu solidaires avec nous… plus rien."

Pire que les grèves régulières du samedi sont les grèves spontanées, comme celle de vendredi dernier. "Si j'avais su que c'est la grève, j'aurais pu demander à une collègue qu'elle me prenne en voiture", explique une dame d'une trentaine d'années. "Mais comme on nous avait pas informés, je pouvais pas aller travailler. Et qui me paie maintenant l'argent perdu ? Je gagne pas assez pour pouvoir me permettre un jour non payé. Mais mon chef ne veut pas le payer non plus. Eux ils font la grève", elle commence à se fâcher sérieusement, "et nous, on en paie le prix."

Une autre dame d'à peu près le même âge se montre plus compréhensive. "Un des leurs a été agressé, je comprends leur colère. Mais il faudrait peut-être réfléchir, pourquoi cette agression a eu lieu. Toutes ces grèves rendent les gens nerveux, et puis, beaucoup de conducteurs sont si peu aimables. Ils pourraient être un peu plus aimables, n'est-ce pas ?"

"Ils ne veulent pas être agressés, c'est compréhensible", commente une dame plus âgée. "Mais nous non plus. Et qui nous protège de ces jeunes qui font le tapage dans le tram ? On n'ose plus sortir le soir, de peur d'être agressés en tram."

Il semble vrai que les grèves rendent les gens nerveux. Mais non seulement les grèves : "Un jour, j'ai fait des cours et, avec tous mes sacs, je voulais rentrer en tram. Tout le monde a attendu pendant 40 minutes - pas un seul tram. Finalement, je suis rentré à pied, mais ce n'était pas facile. Je ne sais pas ce qui s'est passé, mais, de toute manière, on ne peut pas compter sur le tram."

Transport public à MontpellierUne jeune dame se met carrément en colère : "Les bus passent maintenant par de très petites rues. Un jour, j'avais besoin de me pencher sur ma voiture, du côté rue - je ne pouvais pas faire autrement. Mais j'ai fait bien attention de ne pas me mettre en danger ou d'empêcher les bus de passer. Un bus arrive, il s'arrête à ma hauteur et le conducteur crie fortement : 'Attention à vos fesses, Madame'. Tant de vulgarité, est-ce nécessaire ?"

Le changement des trajets de bus à cause des travaux pour la ligne 3 du tram pose vraisemblablement des problèmes à plusieurs gens. "Je sais qu'ils ne peuvent pas faire autrement", dit une dame d'une quarantaine d'années qui habite une de ces rues, "mais je pense que tout le monde pourrait faire un peu attention. Mais pas les conducteurs de bus : c'est devenu tellement dangereux, ici, que je ne peux plus laisser sortir seuls les enfants. J'ai trop peur qu'un de ces bus fonce dans la rue sans qu'ils le voient. Si, encore, ils roulaient à une vitesse raisonnable. Mais non, ils roulent comme si ils étaient seuls dans la rue."

C'est un Monsieur d'une cinquantaine d'années qui résume le mieux l'ambiance générale. "Montpellier dispose sans doute d'un des meilleurs systèmes de transport public en France, peut-être même du meilleur. Mais c'est un 'système', une entité technique. Sa structuration est excellente, mais elle ne prend pas un compte le facteur humain. Et je pense qu'à ce nivaux, le niveaux humain, les responsables du Tam ont encore beaucoup de travail devant eux."

Photos et texte : copyright Doris Kneller

dimanche 21 mars 2010

Primavera au jardin des plantes à Montpellier

Printemps à Montpellier : Primavera, exposition des plantes rares

Primavera au jardin des plantesLe nouveau printemps n'est âgé que d'une journée, et déjà le jardin des plantes à Montpellier rayonne les jaunes, bleus, blancs et rouges des centaines de fleurs : le week-end de la septième édition de la "Primavera" est arrivé. De nouveau, les universités, les associations et les pépiniéristes collectionneurs de la région Languedoc-Roussillon se sont rassemblés pour présenter et vendre des plantes rares.

Et les Montpelliérains ne leur faisaient pas faux bond. Ils venaient en masse, avec l'envie de contempler les plantes magnifiques qui étaient exposées, d'acheter celles qui leur plaisaient le plus et de s'informer. On trouvaient des plantes exotiques, des plantes aromatiques et médicinales et des plantes qui, jadis, poussaient en abondance dans notre contrée et qui, entre-temps, ont reculé devant la conquête de leurs territoires par les villes et l'industrie.

L'exposition des plantes rares, "Primavera", ne marque pas seulement le début du printemps, mais elle est aussi un symbole de l'idée représentée par le jardin des plantes à Montpellier. Si, aujourd'hui, on parle de ce jardin botanique, on se rappelle d'abord qu'il était le premier de son genre en France et un des premiers en Europe. Il a été créé à l'époque de Henri IV, en 1593, avec la permission du roi, mais sans son aide. C'était Pierre Richer de Belleval, un botaniste enthousiaste et passionné, qui rêvait et réalisait ce jardin. Il en faisait le projet de sa vie, et il s'y investissait au point de perdre sa réputation et sa fortune.

Primavera, MontpellierIl est vrai que la première destination du jardin des plantes à Montpellier était toujours la culture de plantes médicinales, potagères et aromatiques ainsi que l'enseignement de la botanique. Dès ses débuts, il était lié à la faculté de Paris, et il y avait des moments dans son histoire où seuls les scientifiques et les étudiants avaient le droit de le fréquenter. Mais Pierre Richer de Belleval avait encore un autre objectif - un objectif qui, à l'époque, ne semblait pas "à la mode". Mais de nos jours, il lui ouvrirait toutes les portes : l'écologie. Il a ajouté au jardin des plantes aromatiques et médicinales un coin écologique, la "Montagne" où il voulait montrer aux visiteurs les cercles naturels.

L'exposition "Primavera" n'est évidemment pas seulement destinée à l'écologie - préserver les plantes rares -, au printemps, à la beauté et à la vente, mais aussi à l'information. Cette année-ci, des conférences sur le thème "Jardin scientifique - jardin patrimonial" et sur les "Épices et herbes aromatiques en Méditerranée" étaient programmées. Mais déjà les années précédentes, les visiteurs pouvaient compter sur des thèmes intéressants. Ainsi, en 2007, le public pouvait suivre une conférence sur la comparaison entre plantes et animaux ou, en 2009, on leur présentait "Les plantes et leurs parasites" et, plus spécialisé, l'avenir des palmiers en Languedoc-Roussillon face aux parasites.

Primavera au jardin des plantesPour quelques-uns des visiteurs, la date de la "Primavera 2010" était plus significative que celle des autres années : "Il est bizarre", a remarqué un jeune homme, "que tant de gens se déplacent pour les plantes et l'écologie - et que, le même jour, on va à des élections dont les écologistes ont été écartés dès le premier tour." Une dame un peu plus âgée, interrogée si elle voyait un lien entre les résultats du premier tour des régionales et la "Primavera", était plutôt amusée de la coïncidence : "Franchement, je préfère les plantes à la politique. De toute manière, nous ne pouvons rien changer à la politique. Mais nous pouvons nous réjouir de la vue des plantes et réfléchir à la sauvegarde des espèces."

D'autres articles sur le jardin des plantes à Montpellier
Pierre Richer de Belleval, créateur du Jardin des Plantes à Montpellier
Montpellier et son Jardin des Plantes : d'Edward Young à Paul Valéry
Thomas Jefferson, Montpellier, le jardin des plantes et le vin du Languedoc
Linné à Montpellier : Boissier de Sauvages et le Jardin des Plantes
Pierre Magnol au Jardin des Plantes à Montpellier
Photos et texte : copyright Doris Kneller

samedi 20 mars 2010

Assia Djebar, étudiante à l'université de Montpellier

Ces grandes femmes qui ont étudié à la fac de Montpellier : Assia Djebar

Assia Djebar et la fac à Montpellier
Qui dit faculté de médecine à Montpellier dit Lapeyronie, Rabelais, Paul Joseph Barthez ou Nostradamus. En général, on parle donc des "grands hommes" qui ont passé leurs études à Montpellier. Des "grandes femmes" par contre, on en parle beaucoup moins souvent.

Cependant, l'entrée de Simone Veil à l'académie française - en tant que sixième femme à vivre cet honneur - fait réfléchir. Et, en effet, parmi les cinq "consoeurs" de Simone Veil, on tombe effectivement sur une qui a fait ses études à Montpellier.

Dans son discours de réception à l'académie, Assia Djebar a bien montré ses sentiments pour François Rabelais. Qui pourrait ne pas être fière d'avoir fréquenté la même université que cet homme, probablement fait la fête avec les autres étudiants sur la même place, celle qui, entre-temps, est devenue la place Jean Jaurès ?

"...j'imagine qu'en ce moment, au dessus de nos têtes, François Rabelais dialogue dans l'Empyrée avec Avicenne, tandis que je souris, ici, au Doyen Vedel auquel grâce à vous, aujourd'hui, je succède", Assia Djebar a-t-elle dit lors de sa réception à l'académie française.

Mais ce n'est pas seulement François Rabelais qui la lie à Montpellier : c'est ici où elle a passé une partie importante de sa jeunesse, et c'est ici où elle a réussi - comme Lapeyronie ou Nostradamus - à décrocher son titre de médecin.

Femmes maghrébines, Assia DjebarToutefois, la médecine n'était pas sa vraie vocation. Assia Djebar est là pour aider à améliorer le sort des femmes en général, celui des femmes maghrébines en particulier. Elle montre l'exemple - une femme, peu importe ses origines, peut suivre son chemin, sous condition qu'elle le veut - et elle écrit. Elle écrit sur les femmes, pour les femmes et, surtout, pour l'idée d'être femme.

Assia Djebar est ce qu'on peut appeler une pionnière. Déjà, elle fait partie du petit nombre des femmes qui occupent un des quarante sièges à l'académie française. Mais elle est carrément la première femme maghrébine qui est reconnue par les académiciens et accueillie dans le cercle restreint de ceux pour qui, selon Jacques Chirac, "notre langue demeure symbole de liberté et de fraternité."

L'idée d'être la "première" à tenter quelque chose ne lui a jamais fait peur. Déjà en 1955, elle était la "première" - la première Algérienne qui arrive à être acceptée à l'école normale supérieure de Sèvre. C'est ici où elle se prépare aux études de médecine à Montpellier. Et l'esprit pionnier continu : l'indépendance d'Algérie est à peine déclarée que Assia Djebar s'inscrit déjà à l'université d'Alger où, finalement, elle enseignera l'histoire et, plus tard, la littérature française. La littérature française - Assia Djebar a trouvé son chemin.

La même année où elle entre dans l'école normale supérieure - elle à 19 ans - elle publie son premier roman, "La Soif", et la presse l'appelle une deuxième Françoise Sagan. - Plus tard, les succès se précipitent. La petite fille d'un village balnéaire en Algérie, Fatima-Zohra Imalyène de son vrai nom, réalise des films, reçoit le "Prix de la Critique" à la "Biennale de Venise", le "prix de la Paix des éditeurs allemands", et on la propose pour le Prix Nobel.

Elle est amoureuse de la langue française, elle sait écrire. Mais le plus important reste ce qu'on dit d'elle au moment de la remise du prix de la Paix : s'engager "en faveur des femmes des sociétés musulmanes". Dans "Femmes d'Alger dans leur appartement", par exemple, elle suit les traces de Delacroix qui, en 1832, jette un regard secret sur les Algériennes. Plus d'un siècle plus tard, après la guerre d'indépendance, Assia Djebar complète les observations de son confrère avec les siennes : de nouveau, un livre sur le quotidien, sur la liberté - ou le manque de liberté - et sur les idées des femmes magrébines est éditée.

Dans son cycle "Le Quatuor d'Alger", par contre, Assia Djebar parle de l'histoire de son pays et des amours de ses femmes. Elle présente le village du Sahel où elle a passé son enfance et de ses habitantes : de leurs rêves, de leurs tristesses et de leurs amours...
Photos et texte : copyright Doris Kneller

jeudi 18 mars 2010

Montpellier et le tourisme : emploi, commerce et festivals

Festival Radio France, festivals de cinéma, cafés et fêtes à la plage : que la ville de Montpellier serait-elle sans le tourisme ?

Montpellier et le tourisme
Que la ville de Montpellier serait-elle sans ses touristes ? - Le Monsieur d'une trentaine d'années rigole : "Une ville agréablement calme. Je me passerait bien des touristes." Mais la dame à ses côtés n'est pas d'accord avec lui : "Ce que tu dis n'a pas de sens. Regarde un peu autour de toi." Elle fait allusion aux cafés de la place de la Canourgue. "Penses-tu vraiment que ces cafés seraient là s'il n'y avait pas de tourisme à Montpellier ?"

Sans doute, la dame pose une question essentielle. "Montpellier serait-elle Montpellier sans les touristes ?" La dame dans la soixantaine réfléchit. "Vous savez, j'ai connu la ville quand elle était encore tout petite, avant tout ce développement délirant." Elle rit. "Vous avez affaire à une espèce devenue rare : je suis une véritable Montpelliéraine." La dame veut sans doute dire qu'elle est née à Montpellier. "Dans ma jeunesse, tout le monde se connaissait à Montpellier. On se promenait dans les rues, et on rencontrait des amis. Aujourd'hui... Mais, bien sûr, la ville n'était pas si jolie, avec les rues piétonnes partout. Je ne sais pas - c'était pas si mal à l'époque."

"Vous posez une question assez difficile." Le Monsieur, un peu plus jeune que la dame, hoche la tête. "D'un côté, tout Montpelliérain déteste les touristes. Par définition. Dès qu'un bon citoyen devient touriste, il oublie sa bonne éducation. Pour lui, c'est les vacances, donc tout le monde doit avoir des vacances. Il ne réfléchit pas, il s'amuse - il a payé pour pouvoir s'amuser. Les gens qui travaillent et qui sont dérangés par son bruit ne l'intéressent pas... ils ne comptent même pas... dans ses idées, le 'rabat-joie' lui fait perdre l'argent qu'il a payé pour être en vacances."

Montpellier et ses plagesUne analyse très pointue qui ne l'empêche pourtant pas d'apprécier certains côtés du tourisme. "Mais il est vrai que, dans le stade actuel, nous ne pourrions plus nous passer du tourisme. Entre-temps, toute une industrie est basée sur ce secteur économique. Sans le tourisme, beaucoup de commerces à Montpellier et aux environs seraient condamnés à la faillite - pour ne pas parler du chômage qui atteindrait des taux encore plus effroyables."

Une jeune dame voit le sujet d'un côté plus léger. "J'aime bien les touristes, surtout les étrangers. Je peux parler anglais avec eux, et ils sont contents, même si je fais des fautes. En plus, la ville serait morte en été, sans les touristes, vous ne pensez pas ?"

Une autre jeune dame sourit : "S'il y a pas de touristes, y aurait pas de bars sur la plage, les nuits d'été. Et s'il y avait pas de bars sur la plage, on pourrait pas faire la fête nous non plus."

Sa copine rit, mais puis, elle devient sérieuse : "Nous n'avons pas besoin des bars pour faire la fête sur la plage, on peut faire ça tout seuls. On prend notre pique-nique, de la musique, et c'est parti... Imagine", s'adresse-t-elle à son amie, "si on avait la plage pour nous tout seuls, pendant l'été. Juste les habitants de Montpellier et des villages autour. Ça serait le paradis."

Un jeune homme qui prend une bière sur la terrasse d'un café de la place de la Canourgue est plus généreux. "On a cette région formidable, tout ce soleil, la mer... pourquoi pas partager un peu ? Laisse-les venir, les touristes. Ils sont dans la pluie toute l'année, ils ont besoin d'un peu de soleil. Regarde", son regard se tourne vers le ciel d'un bleu éclatant, "on est en mars, et il fait déjà si chaud qu'on se croirait en plein été. Les pauvres Parisiens, ils souffrent toujours du froid." Et il lève son verre et boit, comme il dit, "au partage du soleil et du bon temps."

Emploi, commerce, exercer ses connaissances de langues étrangères - y a-t-il d'autres raisons pour apprécier le tourisme à Montpellier ? - "L'ouverture", explique une dame dans la quarantaine. "Imaginez une ville fermée où, tous les jours, on ne rencontrerait que les habitants. Toujours les mêmes. Le soir, on irait dans un des deux ou trois bars qui auraient survécu sans le tourisme où on connaîtrait tout le monde et où on saurait en avance de quoi on parlera. On connaîtrait l'opinion de toutes les personnes, pour qui elles votent, ce qu'elles pensent du divorce de telles voisine..."

"Le tourisme ?", réponds une autre dame d'à près peu le même âge. "Je ne sais pas. Pas trop utile, n'est-ce pas ? Mais ce qui est bien, c'est les hommes d'affaires qui viennent pour les congrès. Ils ont des sous, et ils les dépensent à Montpellier. Et les jeunes qui viennent ici pour faire des études. Ou pour apprendre le français. Ils restent ici pour quelques mois, et ça nous amène une bouffée d'air..."

"J'ai des voisins qui ne viennent que pendant les vacances. Et je peux vous dire qu'avec mon mari, on a appris à détester les vacances. Ils font la fête tous les soirs et quand on leur demande de faire moins de bruit, ils nous insultent", explique une dame un peu plus âgée.

Congrès à Montpellier"Le tourisme ? c'est la meilleurs chose qui puisse nous arriver !" Le Monsieur dans la quarantaine rigole. "Vous n'êtes pas à la bonne adresse. Mon opinion ne devrait pas être très typique... je suis le propriétaire d'un hôtel. Sans les touristes, je serais en chômage depuis longtemps. Et mes quatre employés aussi."

"Le tourisme est un cercle - non, je ne dirait pas infernal." Cette fois-ci, c'est une dame d'une trentaine d'années qui s'apprête à analyser la question. "Les étés à Montpellier sont très actifs. Nous avons le festival de Radio France, des festivals de cinéma, bref, plein de manifestations qui attirent les touristes. Grâce à eux, toutes les manifestations sont une réussite, au niveau du nombre des entrées vendues. On dirait que, sans les touristes, une bonne partie des festivals n'existerait plus - et sans les festivals, on aurait moins de touristes. Si les Montpelliérains ne veulent pas de touristes, il faut alors arrêter les festivals. Et s'ils veulent des festivals, faut accepter le tourisme. C'est clair, n'est-ce pas ?

Photos et texte : copyright Doris Kneller

mardi 16 mars 2010

Créatrice à Montpellier : Nicesse Tassot et Tropic Délices

Une bonne idée pour Montpellier - traiteur halal, oriental et antillais

Nicesse Tassot et Tropic Délices"Si je sais ce qui veut dire 'manger halal' ? - Bien sûr." La jeune femme rit, puis elle s'arrête pour consulter le panneau d'indication des trams de l'arrêt de la Place de la Comédie. "Ça va, j'ai encore du temps. Oui, manger halal, ça veut dire ne pas manger du porc. Et les animaux sont tués d'une certaine manière. Ce sont les Musulmans qui mangent halal."

Une autre dame, dans la quarantaine, qui, elle aussi, attend le tram se mêle de la conversation. "Je ne suis pas Musulman, mais ça m'arrive d'acheter chez les bouchers halal, autour du Plan de Cabane. C'est moins cher, et je n'ai jamais pu me plaindre. La qualité était toujours bonne."

La dame n'est pas la seule à acheter de la viande halal, sans arrière-plan religieux. "Les commerçants ici sont toujours gentils", dit une dame qui, justement, a fait ses courses dans une des boucheries près du Plan de Cabanes. "Et leurs produits sont bons et bon marché."

Nicesse Tassot, une jeune femme rayonnante qui adore sa vie qu'elle partage entre sa petite famille et son entreprise de traiteur oriental et antillais, a eu le déclic le jour où, avec son compagnon, elle avait envie de manger au restaurant, sans forcément manger la cuisine orientale. Elle raconte que les gens comme elle qui mangent strictement halal n'ont pas toujours envie de déguster la cuisine marocaine ou autres cuisines orientales. C'est là où l'idée d'un traiteur halal, oriental et antillais l'a frappée.

Nicesse Tassot à MontpellierLa combinaison entre oriental et antillais est "naturelle" pour Nicesse Tassot. La cuisine orientale, elle l'a apprise par sa belle-famille et par ses amies. La cuisine antillaise est un très bon souvenir de son enfance dans les Antilles. Elle adore faire la cuisine - surtout pour beaucoup de gens - et, lorsqu'elle a appris à préparer des "petits plats" - des couscous, des tajines - et, aussi, à faire du bon thé (un "héritage" de son beau-père), elle s'est sentie de plus en plus "riche" : "Ma culture culinaire s'est enrichie de plus en plus - sans que je m'en rende compte", explique-elle, et ses beaux yeux brillent.

Mais pourquoi est-elle devenue traiteur ? - Cette idée a un peu à faire avec ses origines. Aux Antilles, les gens adorent s'inviter. Les jours de fête, ou tout simplement les jours où on en a envie, les tantes et oncles, cousines et cousins, les amis, les amis des amis,… débarquent et on mange ensemble, en tout simplicité. Et tout le monde se régale. Pendant ses premières années en France, cet état d'esprit - chacun invite chacun - a manqué à Nicesse Tassot. Mais maintenant, elle a découvert que faire la cuisine pour les fêtes des autres, c'est presque comme faire la fête avec la propre famille.

C'est d'ailleurs sa famille et ses amies qui lui servent comme "cobaye" pour ses bons plats. Ils goûtent toute nouvelle recette, et ils sont très stricts. "Ils ne laissent rien passer. Ils ne permettent pas que je livre une cuisine de qualité moyenne - ils veulent que mes clients ne connaissent que le meilleur de la cuisine orientale et antillaise."

Pourquoi vaut-il la peine de parler de Nicesse Tassot et de son Tropic Délices ? Déjà, il s'agit de deux noms dont les Montpelliérains entendront encore parler. Nicesse est jeune, mais elle est courageuse - un exemple pour beaucoup de jeunes femmes - et de jeunes hommes - qui ont envie de réaliser leurs idées, mais qui ne l'osent pas. Elle a eu une idée nouvelle - combiner le halal non seulement avec la cuisine orientale, mais aussi avec la cuisine antillaise - et elle la réalise avec toute sa passion et un enthousiasme énorme...
Photos et texte : copyright Doris Kneller

samedi 13 mars 2010

Montpellier : Salon la Création au féminin - l'artisanat et les femmes

Des étudiantes de l'IUT, "de fil en filles" et la Ligue contre le cancer : ensemble pour la création au féminin à Montpellier

Montpellier, salle Pétrarque
D'abord, il y avait cinq jeunes dames, étudiantes en technique de commercialisation à l'IUT à Montpellier, qui avaient besoin d'un projet de valorisation de leurs études. Puis, ou, plutôt, en même temps, il y avait la Ligue contre le Cancer. Et les deux ensemble, cela donne le premier salon de La création au féminin à la salle Pétrarque à Montpellier.

Lorsque elle est ses collègues avaient besoin d'un projet pour valoriser leurs études, raconte Julie Dalvigot, une des cinq étudiantes de l'IUT, elles auraient eu envie de consacrer ce projet à "la femme". À la femme en général, et à la femme de Montpellier en particulier. Mais ce n'était pas tout.

"On voulait aider les artisans à mettre en valeur leurs créations, à se faire connaître." Souvent, ces artisans n'ont pas de point de vente proprement dit et dépendent des foires et des salons. Mais cela ne veut pas dire que la qualité de leurs produits ne serait pas comparable à celle des offres des boutiques "officielles" - souvent, le talent de ces jeunes créatrices et créateurs est remarquable et mérite d'être découvert. "Nous espérons que le salon les aide. Pour qu'ils puissent continuer à produire."

La femme à MontpellierLe salon organisé par les cinq jeunes Montpelliéraines, soutenues par l'association "de fil en filles" est entièrement consacré aux besoins et aux plaisirs de la femme. Des bijoux, des sacs, des vêtements,… tout ce que les artisans et créateurs peuvent faire pour que la femme se sente bien.

"C'est le féminin qui nous intéresse", commente Julie. Comme ses collègues, elle se sent attirée par la mode, mais non par la mode qui se restreint à une petite tranche d'âge : "Ici, vous trouvez la mode pour les femmes entre 16 et 65, enfin, sans limite d'âge." Mais il est clair qu'il n'y a pas seulement les femmes qui créent pour les femmes. Bien qu'il ait un peu plus de femmes créatrices au salon de la création au féminin, il y a aussi un certain nombre de créateurs. Toutefois, "on a vraiment voulu viser la création féminine."

Il n'y a pas mal de Montpelliérains qui ont aidé les cinq étudiantes à organiser leur "Création au féminin". D'abord, il y a la mairie qui a mis la salle Pétrarque à leur disposition, avec des tables et des chaises. Pas mal de commerçants de Montpellier ont aidé eux aussi : ils ont donné des lots pour la tombola dont le profit, bien sûr, ira à la Ligue contre le cancer. "Nous avons vécu un véritable élan de solidarité", remarque une des organisatrices.

La création au féminin, MontpellierEt voilà un homme qui, avec sa copine, est créateur de bijoux. Il sait ce qui plaît aux femmes - et aux hommes. Il voit parfois des hommes qui ont envie d'acheter un bijou, mais leurs femmes sont plus économes. "Mais normalement, les filles sont plus acheteuse que les hommes...", rit-il. Ensuite, il devient sérieux. "Il y a un bon public ici, beaucoup de femmes, aussi beaucoup de couples."

Sa collègue est également contente de sa présence au salon de la création au féminin. "Pour une première manifestation de ce genre, c'est très bien fréquenté. L'organisation est impeccable. Et l'ambiance est bonne. Si ça se refait, je reviens."

Mais les artisans ne sont pas seulement venus pour se faire connaître : "À cette époque-ci, je fais très peu de salons", explique une des créatrices. "Mais comme c'est une manifestation pour aider la Ligue contre le cancer, je suis venue." - Et l'a-t-elle regretté ? - "Non, certainement pas."

Pour d'autres artisans, le salon au féminin est une des premières expériences de foire. "La salle est agréable, le public est intéressé. Je trouve que c'est vraiment sympa d'être au cœur de Montpellier, à l'intérieur, sous les voûtes de la salle Pétrarque."
Photos et texte : copyright Doris Kneller

vendredi 12 mars 2010

Montpellier Régionales : Frêche, Mandroux, Couderc, Roumégas... et tous les autres

Montpellier deux jours avant les Régionales

Montpellier et les régionales
L'enjeu des régionales : la région Languedoc-Roussillon...

Il y a longtemps que Montpellier a pris l'habitude des nouvelles imprégnées des élections régionales : Frêche candidat, "Frêche mal barré pour les régionales", non, si, Frêche candidat. Puis : Mandroux candidate du PS. Puis : Couderc a toutes les chances d'emporter les régionales... puis : Frêche devant Couderc... des spéculations, des sondages, des opinions. Tout le monde croit savoir qui sera élu et, pourtant, tout le monde attend des miracles...

Montpellier, place de la Comédie, deux jours avant les régionales : "Ce que je pense des régionales ? - Surtout qu'elles m'énervent. On n'entend plus autre chose. Je serai contente le jour où on se remettra enfin à parler des sujets plus intéressants." La dame de quelque 35 ans se fâche. "Je trouve déjà suffisant que la télé parle sans cesse des élections. Mais quand on sort de son appartement, c'est la même chose : des affiches partout, et on n'entend que le mot 'régionales' Je ne voterai pas, et les élections ne m'intéressent pas."

Montpellier, place de la Comédie
...et ses habitants

Le Monsieur d'à peu près le même âge n'est pas du même avis. "Les régionales nous concernent tous. C'est à nous de décider qui dirige notre région. Je connais plein de gens qui ne les prennent pas au sérieux - mais c'est une faute. Nous vivons dans une démocratie - nous avons le droit et, par conséquent, le devoir de voter." - "Pour qui je vais voter ? Non, ce n'est pas un secret. Au premier tour, mon candidat s'appelle Jean-Louis Roumégas."

"Mon candidat ? Monsieur Frêche, bien sûr. Et ce n'est pas Martine Aubry qui me dit pour qui je dois voter." - "Ce que Martine Aubry a à voir avec les régionales et Montpellier ? Ben, ce n'est pas les Parisiens qui vont nous dire ce qu'on à faire dans notre région."

Mais pas tout le monde n'a "son" candidat : "Je vais vous dire quelque chose", explique un Monsieur d'une cinquantaine d'années, "les régionales, les municipales, les présidentielles, c'est toujours la même chose. Pensez-vous vraiment qu'on a quelque chose à dire ? Dans ce cas, vous êtes bien naïve. Nous faire voter, c'est leur manière de nous calmer. Ils suggèrent que c'est le peuple qui décide de son propre sort. Mais ce n'est que la tromperie..."

Montpellier, Languedoc-RoussillonEt un autre Monsieur, d'une vingtaine d'année son cadet : "On nous dit qu'on aurait le choix - et nous sommes assez bêtes pour le croire. Regardez un peu ce qu'ils veulent, tous les candidats, Frêche, Mandroux, Jeanjean, Roumégas,... Ils veulent le pouvoir. Et qu'est-ce qu'ils font quand ils ont le pouvoir ? Rien."

Une dame d'à peu près le même âge a des idées similaires : "Celui qui gagne les régionales gagne le plus de fric. Voilà, c'est leur but." Et une dame un peu plus jeune : "Tous les politiciens promettent que les choses s'améliorent. Regardez un peu la pub de Monsieur Couderc : 'Pour une région plus forte'. On se demande ce qu'il entend par une région plus forte ? Une région qui procure du travail à tout le monde ? J'y crois pas."

La dame n'est pas la seule Montpelliéraine à retenir des slogans. "Au municipales, Hélène Mandroux a fait sa publicité avec 'Vivre une nouvelle ville'", explique une autre dame, un peu plus âgée. "Et maintenant ? Avons-nous une nouvelle ville ? En effet", elle pousse un rire un peu amer, "si vous appelez des travaux partout une 'nouvelle ville', vous avez raison. De toute manière, il n'y a pas de nouvelle vie dans cette nouvelle ville. Il y a toujours autant de chômage et autant de gens qui sont mal logés."

Pour un jeune homme, la question des régionales est moins sérieuse. "Pour qui je vais voter ? Si je vote, je vote pour moi." Il rit, mais ensuite, il se reprend. "Je ne vote pas, je refuse de voter. Pour la raison qu'il n'y a plus de différence entre la droite et la gauche. Donnez-moi une véritable alternative, et je vote tout de suite. Mais tant qu'il n'y a pas question d'améliorer la vie des gens, je veux dire, la vraie vie, pas la vie de samedi après-midi sur la place de la Comédie où on nous offre encore une fête et encore un défilé... tant qu'il n'y a personne pour faire quelque chose pour les pauvres, je ne voit pas pour qui je pourrais voter."

Mais il y en a aussi qui ne perdent pas l'espoir. "Oui, bien sûr", réponds un autre jeune homme. "Je voterai demain. Bien sûr, il n'y a aucun parti que je trouve vraiment bien. Mais si je ne vote pas, je n'ai pas non plus le droit de râler quand les hommes politiques ne font pas ce que je veux."

Photos et texte : copyright Doris Kneller

jeudi 11 mars 2010

Biodiversité et écologie à Montpellier

Montpellier, ville écologique : la biodiversité en milieu urbain Languedoc-Roussillon

Peyrou, MontpellierQue Montpellier met tout en œuvre pour mériter un label du genre "Ville écologique" est déjà connu. Or, maintenant, les ambitions vont beaucoup plus loin : dans un communiqué de presse, la mairie a annoncé que, aujourd'hui, "l’ambition de Montpellier est de devenir une référence nationale et internationale en matière de biodiversité urbaine, en s’appuyant sur la richesse d’un pôle scientifique de premier plan."

Ainsi, Montpellier a pu profiter de l'année mondiale de la biodiversité et des organismes qui se sont créés pour entamer le chemin de l'écologie. Ainsi, la ville fait maintenant partie du Global partnership on cities and biodiversity, un réseau de communes qui défendent la biodiversité dans l'environnement urbain. En plus, Montpellier est une des rares villes qui, jusqu'à maintenant, ont signé la convention sur la diversité biologique de l'ONU et prévoit sa présence au sommet sur la biodiversité au Japon en octobre prochain. Ici, les Montpelliérains rencontreront les écologistes internationaux, par exemple ceux de Nagoya, leur ville hôtesse, Singapour, Montréal, Bonn et Curitiba.

Mais d'ici là, il est question d'entamer la réalisation pratique du plan ambitieux. L'aménagement de l'espace public dans un sens écologique à long terme se trouve évidemment tout en haut de la liste des actions prévues. Ensuite, il y a l'information et l'éducation qui ne doivent pas être négligées. La ville de Montpellier prévoit donc des mesures de sensibilisation dans le milieu scolaire, mais aussi des interventions qui ciblent les adultes. On commence à parler des "sciences éco-citoyennes". Après le succès sensationnel de l'Agora des Savoirs, on peut partir du principe que les Montpelliérains accueillerions de telles actions avec enthousiasme.

Montpellier, Champ de Mars Il n'y a pas très longtemps, les scientifiques ont constaté qu'ils se sont trompés au sujet de la biodiversité. Jusqu'à lors, on était persuadé que la conversation des espèces se jouait plutôt dans les forêts tropicales ou, encore, dans les parcs ou réserves protégés - ce qui est toujours vrai. Mais ensuite, on a misé sur les zones rurales. Et c'est ici où la réalité ne suit plus la théorie.

Le problème : l'exploitation de la terre et des autres ressources naturelles par une agriculture qui se veut "moderne". Initialement, les zones rurales étaient considérées comme espaces où l'homme vivait en harmonie avec la nature. Or, petit à petit, elles se sont transformées en victimes de l'intensification de l'agriculture l'industrialisation où beaucoup des espèces - animaux et plantes - ne trouvent plus leur place. Une sorte de "migration" dans les milieux urbains a donc commencé où un petit nombre des espèces "chassées" de la zone rurale a trouvé un nouveau territoire.

Montpellier, Jardin des plantesQui dit "ville" pense d'abord aux rues surpeuplées de voitures, aux places goudronnées et aux maisons si hautes qu'elles cachent le ciel. Plus la ville devient "inhumaine", plus les citadins ont envie de nature et plus ils ont tendance de sortir, les week-ends ou pendant les vacances. Mais les villes ont intérêt à garder leurs habitants dans leurs murs : déjà, il y a la question commerciale - celui qui part, dépense ailleurs - mais, surtout, les priorités écologiques. Car celui qui quitte la ville se sert en général de sa voiture. Il devient donc "pollueur" et nuit à cette nature dont, justement, il a tant envie...
Ainsi, au lieu de laisser leurs habitants aller "dehors", les villes font de plus en plus d'efforts pour qu'ils restent chez eux : elles "invitent" la nature à s'installer à proximité. Montpellier est un très bon exemple d'une ville qui se veut écologique - elle offre aux habitants et visiteurs 741 hectares d'espace vert, dont le jardin des plantes, connus depuis Louis XIV, le parc zoologique, la réserve naturelle du Lez, le Champ de Mars ou des petites places comme le square Planchon.

La valeur écologique des institutions du genre parc zoologique ou serre amazonienne a longtemps été discutée. Il y avait des voix qui parlaient de milieu inadapté à la nature et aux besoins des animaux. D'autres ont répondu que ceci serait bien vrai, mais que la sauvegarde des espèces - et ceci est un des résultats les plus beaux du travail des zoos - est plus importante que les idées sur un milieu naturel qui n'existe plus... Sans doute, des parcs zoologiques comme celui de Montpellier où le milieu des animaux s'approche le plus possible de leurs habitats naturels ont fait taire la plupart des voix sceptiques.

Pour le moment, Montpellier a signé un partenariat avec le paysagiste Gilles Clément qui s'est lancé dans une étude sur la biodiversité en milieu urbain. Il a promis de présenter ses résultats aux Montpelliérains le 10 mai prochain.
Photos et texte : copyright Doris Kneller

mardi 9 mars 2010

La Journée internationale des droits de la femme, place de la Comédie, à Montpellier

Montpellier : égalité et droits de la femme

Journée de la femme, MontpellierEst-il toujours nécessaire de déclarer chaque année une journée internationale des droits de la femme ? - "Journée de la femme, je trouve ça bizarre", commente un des rares hommes qui, ce 8 mars, ont assisté à la manifestation sur la place de la Comédie. "C'est bizarre", précise-t-il ensuite, "de parler un jour par an de ces droits - absurde ! On devrait en parler tous les jours, jusqu'à ce que l'égalité existe. Il faut se battre non seulement pour les droits des femmes, mais pour l'égalité entre tous les humains, et cela à tous les niveaux."

Pour un des membres d'Amnesty International qui sont très actifs ce jour-là sur la place de la Comédie, rien n'a changé. Il y aurait toujours trop de pays où une femme ne peut même pas penser à ses droits. "La journée internationale des droits de la femme, c'est un jour où il faut être visible, montrer nos revendications et informer les gens sur la situation des femmes. Il est vrai qu'il faut lutter tous les jours - mais c'est aujourd'hui que nous avons une chance d'être écouté."

Amnesty International à MontpellierÊtre écouté, ceci est un problème évoqué aussi par d'autres femmes présentes à la manifestation. "Nous avons la chance de vivre dans un pays où tout le monde peut dire ce qu'il veut", avance une dame d'une trentaine d'années. "Au contraire des pays avec des dictatures où surtout les femmes n'ont pas le droit d'ouvrir la bouche sans se retrouver en prison." - "Vous avez absolument raison", se mêle une autre femme, un peu plus âgée, de la conversation. "Nous sommes heureuses d'avoir le droit de dire ce que nous voulons. Mais ça ne veut pas dire qu'il y a quelqu'un qui nous écoute..."

Le ciel est gris, ce 8 mars, aussi gris que l'ambiance qui, à 15 heures, au début de la manifestation, règne sur la place de la Comédie. Au contraire des espoirs des femmes engagées - et aussi des hommes -, il n'y a que trois stands et très peu de gens qui se rassemblent autour Amnesty International et les autres associations qui luttent pour l'égalité et les droits des femmes. La journée est marquée par la neige qui est tombée la veille, il fait froid et humide - une journée où les Montpelliérains préfèrent rester à la maison. Toutefois, un peu plus tard, plus de gens arrivent et se groupent pour écouter des discours qui parlent des problèmes des femmes dans le monde et, pour détendre l'atmosphère, de la musique internationale.

Au moment, où la marche - symbole pour la présence à Montpellier des femmes et des hommes qui luttent pour l'égalité dans le monde - commence, il y a pas mal de Montpelliérains qui sont prêt à soutenir la manifestation. "Il ne suffit pas de parler d'une journée de femme", rappelle Jean-Louis Roumégas, candidat des Verts pour les Régionales, "mais de la journée des droits de la femme. Car ce sont les droits qui doivent enfin être atteints."

Journée des droits de femme, Montpellier, ComédieUn autre homme pense plutôt à toutes les femmes qui, dans les pays de l'ouest, on ouvert la voie de la liberté et de l'égalité : "Ce qui évoque pour moi la journée internationale des droits de la femme ? - Simone Signoret, mai 68, Simone de Beauvoir, Indira Gandhi... Arlette Laguiller... Françoise Sagan... De toute manière, c'est pas gagné. On n'a pas beaucoup avancé depuis 68."

Si l'on parle des années 68 et de la tradition - selon une histoire dont personne ne sait si elle est légende ou vérité - la journée internationale des droits de la femme de 2010 est plus "symbolique" que les autres : on dit que ce serait exactement la centième fois que des femmes se rassemblent pour revendiquer leurs droits plus fortement que les autres jours. La première journée internationale de ce genre aurait eu lieu aux États-Unis, où il était question de l'égalité entre les femmes et les hommes dans la vie quotidienne : le même salaire pour le même travail sous les mêmes conditions, le droit de vote, le droit de signer les contrats et le droit de se faire écouter. Elle aurait été inventée par une Allemande, Clara Zetkin, réputée pour avoir été une des premières féministes de l'histoire.

En 1977, la journée a enfin été reconnue par les Nations Unies. Mais a-t-elle déjà porté des résultats ? - "Je ne sais pas si la journée internationale des droits de la femme a porté des résultats, d'une manière directe, je veux dire. Mais elle a certainement aidé", explique une femme qui se déclare "militante pour le droit de tous les humains". "Et si on se rappelle que les femmes d'un pays voisin à celui de la France, c'est-à-dire la Suisse, devaient attendre 1972 pour recevoir le droit de voter, cela fait réfléchir."

"Vous demandez si la journée internationale de la femme doit être maintenue ?", répète une autre femme qui fait partie du public rassemblé autour des stands. "Mais oui, bien sûr. Je trouve très impressionnant l'idée que, aujourd'hui - et chaque 8 mars - il y a partout dans le monde des femmes en train de manifester. Cela donne espoir : tant qu'il y a des femmes qui n'ont pas peur d'ouvrir leur bouche, personne n'est seule et la cause n'est perdue...
Photos et texte : copyright Doris Kneller

lundi 8 mars 2010

Montpellier, ville culturelle, ville de loisir... du Champ de Mars au Café Philo

Peut-on être seul à Montpellier ? - Micro-trottoir

Les bords du Lez, MontpellierMontpellier, ville culturelle, ville des mille événements, où "tous les soirs on n'a qu'à choisir entre les bons spectacles" - peut-on être seul à un tel endroit ?

"Si je me sens seule ?" répète la dame d'une trentaine d'années qui attend le tram au Corum. "Non, vraiment pas. Mais j'aimerais bien être seule, parfois. Avec deux enfants et un travail à plein temps, c'est un bonheur rare."

La dame d'à peu près le même âge qui attend le tram en direction de la place de la Comédie a une autre idée du bonheur. "Seule ? Oui, je suis seule. Cela fait maintenant six mois que je suis à Montpellier, je n'ai personne." - Ne pourrait-elle pas se faire des amis ? - "Comment voulez-vous que je me fasse des amis ? Je ne connais personne, personne ne m'invite. Je ne peux pas demander aux gens dans la rue s'ils veulent être mes amis."

Parler aux gens dans la rue ? L'idée est si séduisante que Les gens de Montpellier la propose à une dame dans la quarantaine qui se promène sur l'Esplanade. La dame hésite. "Demander aux gens dans la rue s'ils veulent être mes amis ?" Puis, elle se met à rire. "Excellent. Pourquoi pas ? Une ville où tout le monde parle à tout le monde... ça serait vraiment la belle vie." Ensuite, elle devient sérieuse. "C'est un beau rêve, mais impossible. Les gens de nos jours ont trop peur. Tout le monde pense que tout le monde serait son ennemi."

place Jean Jaurès à MontpellierAinsi, ne y a-t-il vraiment aucune possibilité de se faire des amis à Montpellier ? "Rien de plus facile", répond une autre dame, elle aussi dans la quarantaine. "Montpellier est une ville très ouverte. Moi-même, je suis ici depuis trois ans. Quand je suis arrivée, j'étais toute seule. Mais j'avais envie de me faire des copains et des copines. Et voilà, je suis arrivée." - Voudrait-elle nous donner sa "recette" ? - "C'est pas difficile. À Montpellier, vous avez tant de manifestations culturelles, des clubs, des rencontres - il suffit de choisir." - Quel genre de manifestation la dame a-t-elle donc choisi pour se faire des amis ? - "J'aime beaucoup parler anglais. Ainsi, je vais, par exemple, à ce qu'on appelle le "café Babel", un échange de langues très convivial. Il a lieu tous les mardis soirs à la Brasserie le Dôme.

Apparemment une bonne adresse. - Le Monsieur d'une cinquantaine d'années qui, seul, prend un café sur une des terrasses de la place de la Comédie en connaît-il d'autres ? - "Si un Montpelliérain peut se sentir seul ? Eh oui, absolument." Il raconte qu'il vit à Montpellier depuis une dizaine d'années, mais qu'il a perdu tous ces amis après sa séparation de sa femme. "Ma femme est partie", dit-il d'un ton amère, "et avec elle tous nos amis." - Ne sort-il pas pour s'en faire d'autres ? - "Où voulez-vous que j'aie ? Tout seul, rien ne fait plaisir. De temps en temps je bois un café sur la Comédie pour regarder ceux qui sont moins seuls que moi."

Un autre Monsieur, un peu moins âgé, a de bons conseils à donner. "Seul à Montpellier ? Non, y a assez de choses à faire. Allez au café philo ou aux conférences, par exemple les mercredis à l'Agora des Savoirs. Ou achetez la Gazette. Elle ne coûte pas cher et vous y trouvez toutes les sorties de la semaine."

Et les étudiants ? "Se sentir seul à Montpellier ?" répond une jeune dame d'à peine vingt ans. "Je pense que c'est impossible. Sauf si vous avez vraiment envie d'être seul." - Un étudiant a-t-il donc tant de possibilités de se faire des amis ? - "Pas seulement un étudiant, tout le monde. Ne connaissez-vous pas, OVS, je veux dire On va sortir ? C'est un site Internet où tout le monde peut publier ses idées de sortie, et tout le monde peut participer. Il y a des randonnées, des sorties en boîte, des sorties au ciné, au restaurant, boire un verre, faire la fête,... pour tous les âges. Il n'y a rien que vous pouvez pas faire avec OVS, et tout le monde peut y trouver des amis."

Montpellier, l'Ecusson"Seule à Montpellier ?" La dame d'une trentaine d'années sourit. "Au début, peut-être, oui. Mais plus tard, j'y ai rencontré mon mari. Maintenant, on est heureux à Montpellier." - Où a-t-elle rencontré son mari ? - Elle rit. "L'histoire est un peu absurde. C'était un dimanche, et je me suis promenée dans le petit parc à côté de l'Esplanade." - Elle parle du Champ de Mars. - "Là, j'ai vu trois enfants qui ont joué avec un petit chien ou, plutôt, qui ont torturé le petit. Je ne peux pas voir des animaux qui souffrent. Je les ai donc engueulés, et ils ont lâché le chien. Mon mari était assis sur un banc, et il a tout vu. Quand les enfants étaient partis, il s'est levé pour me dire que j'aurais bien agi. Ensuite, il m'a invité à prendre un verre. C'est comme ça qu'on s'est connus - un dimanche au centre de Montpellier."

Photos et texte : copyright Doris Kneller

samedi 6 mars 2010

Montpellier, ville écologique : le plan climat de la région Languedoc-Roussillon

Montpellier et l'écologie : la mairie de Montpellier, l'énergie, le tram et l'eau

Montpellier, ville écologiqueDepuis déjà un bon bout de temps, Montpellier fait tout pour sa réputation de ville écologique. Ceci commence avec les lumières sur la place de la Comédie, continue avec quelques premiers essais d'un "manger bio" dans les cantines des écoles et s'exprime par l'objectif d'avoir le moins de voitures possibles à l'intérieur du centre.

Il va de soi que, déjà pour défendre sa nouvelle réputation de "ville écologiste", Montpellier a l'intention d'atteindre un maximum des 60 objectifs présentés dans le plan climat de la région Languedoc-Roussillon. Le premier - informer les gens de l'enjeu de l'énergie et faire en sorte qu'ils apprennent à l'économiser d'une façon "intelligente" - ne sera pas difficile à réaliser, dans une ville où les salles sont "pleines à craquer" dès qu'on annonce une conférence scientifique du genre Agora des Savoirs ou, même si elle n'est pas scientifique, où on peut "apprendre quelque chose".

Mais le plan climat prévoit aussi la formation au sujet de l'économie de l'énergie des personnes responsables de la construction des maisons. Avec sa nouvelle mairie, Montpellier fournit déjà un bel exemple de la volonté d'appliquer les règles de l'écologie dès la construction d'un bâtiment.

Toutefois, un des points les plus importants du plan reste ce qu'il appelle le "transport des voyageurs". On parle surtout des "déplacements doux" - par exemple le vélo - et, bien sûr, du tramway. Mais il est aussi question d'adapter les transports aériens à la nouvelle philosophie des transports en commun.

Aqueduc au Peyrou, MontpellierEt de nouveau - comme si souvent dans l'histoire de Montpellier - on discute de l'eau. On parle d'Aqua Domitia, de ce projet dans lequel la région Languedoc-Roussillon a déjà investi plus de 400 000 euros entre 2004 et 2008, et qui consiste dans une étude très étendue de l'Université "Montpellier Sud de France" sur les possibilités de garantir l'approvisionnement en eau des villes et villages de la région, même au moment d'une consommation élevée et d'un manque de pluie.

De telles études sont bien connues à Montpellier. Elles ont déjà été entamées au 15ème siècle pour aboutir à la construction de l'aqueduc qui joint Montpellier au Peyrou et au projet des 100 fontaines. Mais ce qui est nouveau : il ne s'agit pas seulement de la "gestion durable de la ressource en eau", mais aussi d'établir une liaison entre le changement climatique et l'approvisionnement de la région en eau.

Et qui dit écologie dit évidemment aussi agriculture. De nouveau, on discute des émissions du gaz à effet de serre et parle d'une réduction sérieuse de sa production. Le plan prend position pour un soutien des entreprises qui s'occupent des énergies renouvelables, susceptibles d'aider à diminuer les émissions de ce gaz de plus en plus redouté par les écologistes.

Antigone à MontpellierMais si toutes ces mesures sont bien pour Montpellier et sa région, elles sont aussi utiles pour les autres pays. Et George Frêche et son équipe de la région voient loin dans l'avenir : selon le plan climat de la région Languedoc-Roussillon, la nouvelle philosophie d'écologie ne devrait pas seulement être appliquée devant les portes des Montpelliérains, mais dans toutes les régions de la Méditerranée et, finalement, du monde.

Mais les Montpelliérains dans tout cela ? Il y en a beaucoup, bien sûr, qui sont contents - qui, de nos jours, serait contre un plan intelligent et écologique ? Mais il y a aussi des voix sceptiques comme celle de ce Monsieur d'une soixantaine d'années, assis sur un banc au Peyrou : "Jusqu'à maintenant, ils parlent de l'écologie, mais ils n'agissent pas. Je suis curieux s'ils tiennent ce qu'ils promettent en ce moment. N'oublions pas qu'on est proche des élections."

Et une dame dans la cinquantaine : "L'écologie est certainement une bonne idée. Mais il ne faut pas oublier que, la nuit, nous avons besoin des lumières surtout dans les petites rues de Montpellier. Il ne faut pas nous plonger dans le noir avec l'excuse de l'écologie."
Photos et texte : copyright Doris Kneller

mercredi 3 mars 2010

Montpellier et Joseph Delteil : un écrivain devenu Montpelliérain

Joseph Delteil et ses amis à Grabels et Montpellier : Charles Trenet, Georges Brassens, Pierre Soulages...

Culture à Montpellier : Corum
Les "hauts lieux" de la culture à Montpellier

Ce n'est pas à Montpellier, mais à Vieussan que, récemment, des amateurs de la littérature créèrent une association à l'honneur de Joseph Delteil, "Les amis de Joseph Delteil". Il est vrai que l'écrivain n'est pas né à Montpellier - la nomination "fils de Montpellier" ne serait donc pas adéquate - et il n'y passe pas non plus la première partie de sa vie. Mais à 43 ans, il découvre la ville près de la Méditerranée, il tombe malade, et il décide d'y rester jusqu'à la fin de ses jours. En ce moment, cette fin est assez loin - Joseph Delteil aura encore 41 ans devant lui qu'il passerait effectivement à Montpellier et dans ses environs.

Suscitons l'image des rues calmes de Grabels peuplées des gens d'un "calibre" du peintre Pierre Soulages, du comédien Jean-Claude Drouot, des chanteurs comme Charles Trenet et Georges Brassens ou même de l'écrivain américain Henry Miller. Aujourd'hui, nous avons du mal d'imaginer tous ces gens connus réunis à un seul endroit. Toutefois, après 1937, l'année où Joseph Delteil achète sa fameuse propriété, "Tuilerie de Massane" à Grabels, à côté de Montpellier - qui, plus tard, devrait devenir une référence pour les amateurs de la littérature - les "grands noms" commencent à flâner dans les rues de Grabels. Lorsque, aujourd'hui, nous visitons les salles consacrées à Pierre Soulages au musée Fabre ou lorsque nous écoutons les chansons de Charles Trenet et de Georges Brassens, pouvons-nous imaginer que, il n'y a pas si longtemps, ils se seraient promenés à Grabels, absorbés dans leurs discussions avec un écrivain devenu Montpelliérain, nommé Joseph Delteil ?

L'Antigone à Montpellier
Pour ceux qui connaissent un peu ce Joseph Delteil qui fit de Montpellier sa nouvelle patrie - une patrie choisie, non imposée par le hasard de la naissance -, ce nombre étonnant d'artistes qui se rassemblent autour de lui n'est pas étonnant. L'adjectif qui est le plus souvent attribué à son personnage et à son œuvre est "anticonformiste". On peut dire que, au début du 20e siècle, il n'y avait pratiquement pas de mouvement original et individualiste dans le monde de la littérature française où Joseph Delteil n'aurait pas un peu participé.

Pas étonnant, alors, qu'il forma la fameuse phrase : "L'art c'est moi !" Déjà dans les années qu'il passe à Paris - avant de devenir Montpelliérain - il fréquente des gens comme Max Jacob et les surréalistes, il se lie en amitié avec André Breton et Louis Aragon.

Lorsque, pourtant, on regarde ses débuts, on n'a pas l'impression qu'il serait jamais un écrivain capable de heurter le monde bourgeois ou politique : il commence tout simplement par des recueils de poésie. Le premier, intitulé "Le Cœur grec", reçoit immédiatement un prix décerné par l'Académie française, le prix Archon d'Espérouze. Mais déjà un an plus tard, en 1921, il décide que les poèmes ne lui suffisent plus, et il devient le Joseph Delteil que nous connaissons aujourd'hui : l'auteur de nouvelles critiques et de chroniques peu conforme avec le pouvoir politique.

Salle Rabelais à MontpellierBientôt, l'idée des surréalistes prit entièrement racine dans l'œuvre de Joseph Delteil. Il rencontre Marc Chagall et, avec ses amis, il signe le "manifeste du surréalisme" et se réclame d'un "surréalisme absolu".

Toutefois, le trait le plus caractéristique de Joseph Delteil était toujours son individualisme. Il ne nia jamais ses racines occitanes et paysannes qui influencèrent son oeuvre et ses actes pendant toute sa vie. Lorsqu'il avait une opinion, il ne bougeait pas de sa position. Ses idées convenaient ou non à ses amis : s'ils avaient les mêmes objectifs, il était avec eux. Sinon...

En 1925, son ami André Breton est si fâché contre lui qu'il l'exclue du groupe des artistes surréalistes. C'est son livre sur Jeanne d'Arc qui, de nouveau, témoigne de son individualisme plus que de l'envie de suivre fidèlement les idéaux de ses amis. Mais ce roman a beau évoquer la colère des surréalistes, le public l'accueille avec enthousiasme. "Jeanne d'Arc" devient un succès énorme et, le pire aux yeux du groupe de ses collègues artistes, il reçoit même le prix Femina Vie heureuse. Il perd ses amis, mais il gagne des admirateurs du genre de Maurice Denis, l'empereur Hiroshito de Japon ou Paul Claudel qui qualifie le talent de Joseph Delteil comme "tout à fait étonnant..."

Pendant cette époque, Joseph Delteil fréquente le plus en plus le Sud de la France où il rencontre des gens comme Jean Girou ou le sculpteur Aristide Maillol. Et lorsque, finalement, il tombe malade, il décide de s'installer définitivement dans les environs de Montpellier. Une fois guéri, il reprend ses projets de plus en plus individualistes, marqués par son esprit indépendant et, en même temps, paysan.

Photos et texte : copyright Doris Kneller