vendredi 31 décembre 2010

Montpellier : Un concert pour Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière

"Si Stéphane et Hervé étaient parmi nous, ce soir, le concert sera parfait." - Montpellier, un an après : Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière

Un concert pour Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière"Ce n'est pas normal", dit le Monsieur dans la soixantaine, "ils ont fait mal à personne."

L'homme qui parle se tient devant l'Opéra-Comédie sur la place de la Comédie à Montpellier. Devant lui, sur les marches de l'Opéra-Comédie, se déroule un concert gigantesque : cinquante groupes ou chanteurs sont venus à Montpellier pour présenter une soirée de musique qui sera mémorable, une véritable soirée anniversaire. Mais ce n'est pas un anniversaire joyeux. Il marque une année entière de captivité de deux hommes que beaucoup de gens connaissent et qui sont aimés par tout ceux qui les ont rencontrés : Stéphane et Hervé, comme disent les gens qui se sentent proches d'eux. Ils pensent à Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière, les deux journalistes pris en otage en Afghanistan.

Le mot qu'on entend le plus, ce soir sur la place de la Comédie, c'est "courage". Il faut sans doute beaucoup de courage à Stéphane Taponier, Hervé Ghesquière, leurs familles et leurs amis pour tenir le coup. Car depuis octobre, le 304ème jour de leur calvaire en Afghanistan, où le club de la presse de Montpellier, en collaboration avec la mairie - Hélène Mandroux était présente -, a lancé 304 ballons "pour ne pas les oublier", rien n'a bougé.

Un concert pour les deux journalistes enlevés en AfghanistanEn effet, rien n'a bougé ou presque pendant toute cette année. Début février, plus de deux mois après leur enlèvement, France Télévisions se tait. Ce n'est qu'après les protestations des journalistes de France 3 que la presse commence sérieusement à parler de Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière. Toutefois, leurs noms ne sont officiellement dévoilés qu'en mi-avril : plus de quatre mois, le public ne pouvait pas être sûr de l'identité des deux journalistes enlevés en Afghanistan.

En juin, après six mois de captivité, le ministre de la Défense et le patron de France Télévisions se déplacent enfin en Afghanistan pour entamer des négociations. Nicolas Sarkozy proclame que le gouvernement ferait tout son possible... Et de nouveau : rien.

En septembre, on parle d'un "espoir raisonnable" d'une libération avant Noël, et en décembre, on communique aux amis de Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière - et à tous ceux qui s'intéressent à leur sort - que le gouvernement afghan agirait aux côtés des Français.

Toujours est-il que le jour du concert à Montpellier, l'anniversaire de la prise en otage, les deux journalistes n'étaient pas à côté de leurs amis pour écouter la musique. Et ils étaient nulle part ailleurs en France : car, malgré toutes les bonnes paroles, ils sont toujours des otages.

Les amis de Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière sont tristes et se fâchent. Les autres hochent la tête. "Pourquoi ?", demande une dame dans la cinquantaine sur la Comédie qui dit de ne jamais avoir rencontré les deux journalistes. "Ce n'est pas possible qu'on ne puisse rien faire pour eux. La France a quand même une certaine influence..." Et elle ajoute, un peu moins sûre d'elle : "N'est-ce pas ?"

Un concert à MontpellierUn jeune homme se fâche après avoir écouté les discours des politiciens locaux. "C'est bien beau de dire que c'est au peuple et à la presse d'aller jusqu'au bout", se plaint-il, "ça sonne formidable dans la bouche d'un homme politique. Mais ça veut dire quoi ? Ça sert à quoi ?" Et il se donne lui-même sa réponse : "À rien." - "Nous sommes une région de gauche et nous l'assumons", déclare-t-on aussi et qu'il ne "faut pas faire taire la presse." Une voix dans le public réagit : "De telles déclarations ne changent rien au sort de Stéphane et Hervé..."

Il est clair que le public montpelliérain a bien profité du concert du soutien des deux journalistes. "C'est rare que la Comédie a vu un tel amas de grands artistes", commente une dame dans la quarantaine. Il y a des gens qui sont restés fidèles à la musique pendant toutes les six heures du concert. "Fabuleux", constate un Monsieur du même âge.

Une dame dans la trentaine est du même avis : "Un grand concert pour deux amis qu'il ne faut pas oublier", dit-elle. Mais puis, elle s'emporte. "Il y a une chose qui ne me plaît pas. On parle des deux journalistes français, de Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière, c'est très bien et on ne doit pas s'arrêter un seul jour. Mais les deux n'étaient pas seuls. Trois autres personnes ont été enlevées avec eux - et de ceux-là, on ne parle presque pas. Je me demande, pourquoi. Parce qu'ils ne sont pas journalistes ? Ou parce qu'ils ne sont pas français...  ?"

En ce moment, personne ne sait, quand Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière seront de nouveau parmi nous - et leurs trois accompagnateurs parmi les leurs. "Tout ce que nous avons", dit une jeune dame qui fait partie du Comité de soutien à Hervé et Stéphane, "ce sont des paroles. Des paroles vides." Et un homme dans la cinquantaine ajoute : "C'est si facile aux terroristes et aux oppresseurs de ligaturer la presse. La presse ne doit pas être oppressée."

Montpellier : journalistes en AfghanistanL'équipe des Gens de Montpellier et de Montpellier Presse Online lance un appel à tous les gens qui habitent notre terre, à ceux qui vivent en paix ou aimeraient bien vivre en paix, de penser à nos collègues et amis, Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière, et faire en sorte que personne au monde n'aura plus à souffrir de la guerre, de l'injustice, des fantasmes de pouvoir et, surtout, de la haine.

Bonne année à tous les gens dont le cœur connaît l'amour, qui aiment la terre et la paix. Bonne année à tout ceux qui sont de bonne volonté !

L'équipe des Gens de Montpellier et de Montpellier Presse Online
Photos et texte : copyright Doris Kneller

jeudi 30 décembre 2010

Les Hivernales à Montpellier : le marché de Noël

Un peu plus de convivialité et de l'artisanat ? - Ambiance à Montpellier aux fêtes de Noël

Jour de Noël à MontpellierNoël à Montpellier. Le marché de Noël sur la Comédie et l'Esplanade, les Hivernales, n'est pas encore fini. Mais aujourd'hui, aucune boutique n'est ouverte. Aucune ? - Si, une seule boutique est ouverte... et sauve l'ambiance pour ceux qui sont venus pour boire leur petit verre de vin chaud des fêtes.

Et ce n'est pas seulement le vin et le chocolat chauds qu'on trouve à ce stand qui interrompt agréablement la monotonie d'un marché de Noël aux boutiques blanches, vides, fermées. Ceux qui ont le temps et l'envie y trouvent aussi un peu de culture. Ils apprennent, par exemple, la différence entre le chocolat chaud et le chocolat viennois, ils comprennent, pour quelle raison le chocolat viennois a été rebaptisé liégeois - c'était à la première guerre mondiale où on aimait toujours bien le chocolat viennois mais n'osait pas prononcer un nom évoquant l'Allemagne -, et un enfant réalise d'une manière douce et gentille que jeter son chewing-gum par terre n'est peut-être pas la meilleure solution...

Personne ne sait ce que font les autres commerçants ce jour de Noël. Et personne n'ose les critiquer : "Eux aussi ont des familles." Mais la déception se fait bien sentir. "Un marché de Noël fermé le Noël", blague un jeune homme, et un autre ajoute : "C'est parce que le père Noël est syndiqué."

Les Hivernales à MontpellierToutefois, le marché de Noël ne manque pas trop, ce jour de fête. "On a tout vu", explique une dame avec deux jeunes enfants. "Chaque fois qu'on a traversé la place de la Comédie, on a regardé un peu." Elle sourit. "Maintenant, on connaît tout, n'est-ce pas ?" s'adresse-t-elle à son fils aîné d'environ trois ans. Une autre dame, plus âgée, est même soulagée : "Pour une fois, il ne faut pas se frayer un chemin à travers des masses", explique-t-elle.

Effectivement, pendant les semaines avant Noël, les Hivernales voyaient presque toujours des masses de visiteurs. Mais visiteurs en masse, cela correspond-il à faire de bonnes affaires ? - "La plupart des gens passaient juste pour aller de l'Opéra vers le Polygone ou du Corum à la Comédie", se plaint un commerçant. "S'ils ont un peu de temps, ils s'arrêtent parfois, mais pas pour acheter. Juste par curiosité." Et un autre : "Les gens n'ont plus de sous."

Côté consommateur, on entend des voix différentes. "Je ne regarde même plus les stands", raconte une dame dans la cinquantaine. "Je les connais tous. Ce sont les mêmes qui viennent tous les ans, en hiver pour les Hivernales et en été pour les Estivales. Et entre les deux, on les voit sur les marchés." Une autre dame, un peu plus jeune, critique surtout la nature de la marchandise : "Ces choses-là, je peux les acheter n'importe où. Je ne sais pas si l'artisanat existe encore sur les autres marchés de Noël, mais aux Hivernales de Montpellier, je ne trouve que des revendeurs." Un Monsieur dans la soixantaine est d'accord. "J'ai bien aimé les marchés où on pouvait discuter avec les artistes et artisans. À cette époque, les marchés avaient encore le flair de 'l'unique'. Ce qu'on y voyait, on ne le voyait nulle part ailleurs."

Montpellier, les Hivernales 2010Une jeune commerçante comprend la retenue des Montpelliérains. "Cette année-ci", dit-elle d'une voix un peu triste, "le marché n'a rien de convivial. Quand il pleut, les gens sont de mauvaise humeur. Et les jours de soleil, il y a toujours tant de gens qu'on ne peut pas tchatcher tranquillement. Tout le monde est stressé."

Que faire, alors ? Si les gens n'aiment plus les Hivernales, la ville de Montpellier devrait-elle les supprimer ? "Mais non", s'écrie spontanément une dame d'une trentaine d'années. "Noël sans marché de Noël, c'est comme... c'est comme Pâques sans œufs." Et une dame plus jeune ajoute : "Comment entrer dans une ambiance de Noël s'il n'y a pas d'Hivernales ?"

"Non, surtout pas supprimer le marché de Noël", déclare aussi un homme dans la cinquantaine. "Mais peut-être améliorer deux trois choses. Il faudrait, par exemple, laisser une sorte de couloir sur la place de la Comédie pour que les gens puissent passer. La place de la Comédie est un lieu de passage, on ne peut pas demander à tout le monde de plonger dans la foule et dans la préparation de Noël uniquement parce qu'il traverse la place."

Une dame d'à peu près le même âge aime bien l'idée d'un "couloir". "Je passe par la Comédie chaque jour, deux fois même, pour aller travailler. Et le fait d'être obligée de passer toujours à côté des stands et de contourner des gens qui s'arrêtent au milieu du chemin pour regarder m'a tellement fatigué que je n'ai même plus envie de profiter du marché."

Puis, on a envie de voir des artisans. "Un marché de Noël avec plein d'artisans, ça serait trop cool", propose un jeune homme, et il ajoute, avec un peu de langueur dans la voix, comme s'il se rappelait les "bons vieux temps" : "Comme autrefois. Il y a vingt ans, les marchés de Noël étaient géniaux..."
Photos et texte : copyright Doris Kneller

samedi 25 décembre 2010

Père Noël à Montpellier : retraites, analphabétisme, conditions de travail...

...et si le père Noël se révoltait ? - L'intersyndicale de Noël pousse à la révolte

Père Noël à MontpellierIls ont tous des bonnets rouges, et ils ont l'air de vrais pères Noël. Mais il y a une chose qui les distingue du vieux bonhomme plein de bonté : ils ne sont pas d'accord. Ils refusent de continuer à prendre leur mal avec philosophie, à pardonner tout et à tous. Bref, les pères Noël de Montpellier, pas si gentils "que ça", se révoltent.

Leur nouveau leitmotiv : "Trop de boulot" et "faites moins de marmots !" - Des pères Noël qui souhaitent moins d'enfants ? N'aurait-on pas dit que c'est, justement, le père Noël qui aime tous les enfants et ne peux pas en avoir assez ?

Montpellier : Père Noël en révolteMais non. La bonté fabuleuse du père Noël traditionnel n'est plus à l'affiche. Trop est trop : "On a les boules." Si on regarde de près les conditions de travail de ce vieux messager de paix et porteur des sacs innombrables de cadeau, on commence à comprendre : "Cadences infernales, conditions de travail dégradées, températures de plus en plus basses." Et pire : les cheminées sont de plus en plus pourries, mais la natalité est en hausse, alors encore plus de cheminées pourries à traverser. Puis, avec toute la bonne volonté de pères Noël plus ou moins sages, ils ne supportent plus ce qu'il appellent les "enfants analphabètes" : "Marre de l'analphabétisme !" Y a-t-il un remède ? - Probablement non, mais, au moins, "Correction des lettres d'enfant !"...

Tout le monde parle des retraites ? Les pères Noël de Montpellier n'en font pas exception. Selon eux, la "retraite à 167 ans" n'est plus supportable. Le père Noël moderne exige la "retraite à 150 ans sans décote", car : "Nous ne cotiserons pas 107 ans !" Voilà....

À propos messager de paix - cette paix elle aussi fait partie des revendications des pères Noël montpelliérains. Ils se plaignent des "agressions quotidiennes pour un iPad ou iPhone". Et, si on en parle déjà : la "concurrence d'Halloween et d'Internet"... cela non plus ne doit pas durer.

Père Noël à Montpellier : les retraitesQuoi encore ? Au lieu de réduire les effectifs du père Noël - eh oui, lui aussi est concerné par la crise - il revendique le "contrôle global de la natalité" ce qui, selon les représentants montpelliérains de la profession, serait beaucoup plus logique. Et, finalement, "une véritable couverture sociale", la "pleine reconnaissance du métier et de sa pénibilité" et, pourquoi pas ? "Noël mieux reparti dans l'année", car "nous aussi avons une famille à retrouver !"

Une blague de fin d'année de la "Ligue Nationale des Père Noël", manigancée par "canal Historique" à l'appel de "l'Intersyndicale de Noël" ? - Certes. Mais, peut-être, pas si rigolote que ça...

"La 'colère unitaire' des pères Noël, c'est bien beau," dit un passant d'une cinquantaine d'années. "Nous sommes tous d'accord de rire de leurs revendications, d'accord. Mais quand on les considère plus sérieusement, le rire devient jaune."

Une dame d'une trentaine d'années ne rit pas non plus. "Les pères Noël expriment le mal qui nous tracasse tous. En ce moment, on nage dans le soi-disant bonheur, on dit qu'il est Noël et que tout le monde doit être heureux. Imaginez-vous, combien de gens ne sont pas du tout heureux ces jours-ci, et là, je ne parle pas que de Noël ?

Une autre dame, plus jeune, rit quand elle aperçoit la manifestation des pères Noël en colère, mais ensuite, elle devient sérieuse. "Le problème des retraites et des conditions de travail, on ne devrait pas l'oublier, même pas au moment où tout le monde ne pense qu'aux cadeaux."

"Y a pas de Noël, cette année-ci", déclare une dame dans la quarantaine. "Pas pour tout le monde. Et je crois pas que les pères Noël auront à se plaindre de trop de travail. Plutôt de trop de chômage", ajoute-t-elle d'un ton amer. "À une époque où les gens ne peuvent plus se payer des cadeaux, on n'a plus besoin de père Noël."

Un Monsieur dans la cinquantaine observe pour un moment les manifestants. Puis, il chuchote quelques mots à l'oreille d'un des pères Noël. L'homme à bonnet rouge sourit et ajoute une nouvelle revendication à sa "liste de colère" : "Nous revendiquons les sapins sans épines !"

Une dame elle aussi dans la cinquantaine acquiesce d'un signe de tête : "Eh oui, un travail sans épines, ce serait un beau cadeau de Noël."
Photos et texte : copyright Doris Kneller

mardi 14 décembre 2010

Piéton dans les rues de Montpellier

Tram, travaux et lumières éteintes : Marcher à Montpellier

Montpellier, le tram et les piétons19 heures, une petite rue entre la Comédie et la gare. Deux jeunes hommes bousculent légèrement une dame dans la soixantaine qui cherche son chemin en tâtant. Elle insulte les deux hommes qui ne se soucient pas d'elle. Ensuite, elle murmure avec un ton fâché : "Ils croient qu'ils peuvent tout nous faire. Et le pire, ils ont raison..."

"Ils", dans ce cas, ce ne sont pas les deux jeunes hommes, mais la mairie de Montpellier. La dame n'est pas la seule à avoir des problèmes à avancer : il fait absolument noir dans la rue. De temps en temps, les phares d'une voitures glissent furtivement sur le trottoir. Quelques secondes plus tard, il est de nouveau plongé dans l'obscurité.

"Ça dure maintenant plus d'une semaine - il n'y a plus de lumière dans la rue. Ou, parfois, la lumière revient pour une heure ou deux et après, plus rien", explique une dame un peu plus jeune que la première. "Si, encore, le trottoir serait dans un état correct. Mais non, il est plein de trous. Ma voisine n'ose plus quitter la maison à partir de 17 heures. Elle a peur de se casser la jambe ou un bras... Elle a raison, c'est très dangereux."

Pourquoi certaines rues de Montpellier sont-elles - entièrement ou pour quelques heures - privées de lumière ? Personne ne semble le savoir. "Je ne sais pas", dit aussi un homme dans la trentaine. "J'imagine que c'est en relation avec les travaux du tram. Mais je ne comprends pas très bien, pourquoi ça ne concerne que quelques rues et pas les autres."

Tour de la Babote à MontpellierL'équipe des Gens de Montpellier voulait en savoir plus. Elle a donc appelé le service de presse de la ville de Montpellier - qui lui aussi n'était pas au courant. Toutefois, on a promis de se renseigner et de demander à "l'adjoint responsable" de rappeler la Revue online... Ce rappel n'a jamais eu lieu. La raison de l'obscurité dans les rues de Montpellier reste - obscure.

Toutefois, être piéton à Montpellier ne pose pas seulement problème la nuit. Pendant la journée, la vie "à pied" est souvent aussi dangereuse.

10 heures au coin du Boulevard Victor Hugo et la rue de la République. Des piétons arrivent de la gare, par la rue de la République. Ils veulent traverser le Boulevard Victor Hugo pour entrer dans la cour de la Babote. "Avant", dit une dame, "il y avait un feu ici." Ce feu existe toujours - mais, depuis que les travaux du tram ont commencé, il ne fonctionne plus.

Les piétons observent donc patiemment le trafic venant du côté de la place Alexandre Laissac. Après un moment, les voitures s'arrêtent. Les piétons veulent traverser la rue, mais déjà, d'autres voitures arrivent : c'est fois-ci, ce sont celles du côté Boulevard du Jeu de Paume. Quelques-uns traversent en courant, s'exposant au danger... heureusement, les conducteurs freinent. Un Monsieur lève la main, bravant le trafic.

parking à MontpellierUne dame avec une poussette est désespérée : "Si j'étais seule, ça poserait moins de problème. Mais avec lui", elle caresse son bébé du regard, "je ne peux pas courir le risque. Cette rue est devenue trop dangereuse. Mais qu'est-ce que je peux faire ? Il faut que je traverse." Une dame plus âgée se mêle de la conversation. "Si vous voulez traverser en sécurité, il faut que vous monter jusqu'à la Comédie, ou presque." Un Monsieur dans la quarantaine donne également son commentaire : "L'excuse des travaux sert pour tout. Je ne vois vraiment pas de raison de nous priver du feu rouge, ici. Ce carrefour est vraiment trop dangereux. Ou, si on ne peut pas activer le feu, à cause des travaux, on pourrait y placer un flic."

La dame avec la poussette éclate dans un rire amère. "Les flics ? Ils sont trop occupés à mettre des PV aux voitures qui sont mal garées. Aider les piétons n'est pas leur travail." - Finalement, le Monsieur se place au milieu de la rue et arrête les voitures pour permettre aux femmes de gagner en sécurité l'entrée de la Babote. Heureusement, l'entraide existe à Montpellier...

Mais les travaux... - les Montpelliérains sont-ils vraiment contents de recevoir la ligne 3 du tram ? "Oui," soupire une dame dans la trentaine, "je suis contente qu'on va disposer d'une troisième ligne. Mais d'ici là, la vie ne va pas être facile. En 'temps normal', on trouve à peine un parking en ville - et maintenant, ils ont supprimé plein de ces parkings qui, avant, n'étaient déjà pas suffisants. On est alors obligés de prendre le tram ou le bus. Mais les bus sont devenus une calamité. On dit que leur retard permanent serait dû aux travaux - je pense que le Tam se moque de nous. Il y a des bus qui viennent des parties de la ville qui ne sont pas concernées par les travaux - leur retard n'a donc forcément rien à voir avec la ligne 3... Le Tam nous raconte n'importe quoi."

Une autre dame d'à peu près le même âge se plaint des conditions des piétons dans les rues autour de la gare. "On ne passe plus", raconte-t-elle. "Le trottoir est plein de gens qui attendent les bus, et ils ne bougent pas pour laisser passer les autres. Il faut donc marcher dans la rue. Mais c'est très dangereux à cause des bus qui circulent partout, maintenant. Entre les travaux, les gens qui attendent les bus et les bus eux-mêmes - il y a tout simplement plus de place pour les piétons. Un vrai piège."

Montpellier, la ville avec la plus grande place piétonne de France, est-elle devenue un "piège" pour ceux qui vont à pied ? Un Monsieur dans la cinquantaine rigole. "Piéton à Montpellier ? Vous devriez pas être amoureux. Les trottoirs sont trop étroit pour y passer à deux."

"Peut-être pas un piège", répond un autre Monsieur d'à peu près le même âge, "mais être piéton à Montpellier n'est plus facile. Parfois, je pense qu'avec tous les soucis autour du nouveau tram, les responsables ont tout simplement oublié que nous, les piétons, on existe..."
Photos et texte : copyright Doris Kneller

lundi 6 décembre 2010

Coventis au Corum de Montpellier

Montpellier : Coventis, village de Scop, développement économique et économie sociale

Montpellier, Coventis : village de ScopC’est dans une ambiance conviviale et décontractée que la troisième édition de la convention de l’économie sociale et solidaire Coventis a ouvert ses portes au Corum de Montpellier. Mieux structurée que les éditions précédentes, qui avaient pourtant accueillies 1500 visiteurs l’an dernier, Coventis bénéficie cette année du soutien de l’Europe et propose comme nouveauté un village des Scop. 122 exposants au total se se sont réunis durant deux jours pour promouvoir un modèle de développement économique à visage humain, mais pas seulement...

Rentré in extremis de Paris dans la matinée, le Préfet de Région Monsieur Claude Baland, était venu inaugurer la convention. À peine arrivé, ce dernier a disparu dans la foule pour saluer les exposants et les visiteurs, laissant seuls quelques instants ses invités : Monsieur Robert Navarro, Vice Président du Conseil Régional du Languedoc Roussillon accompagné de Madame Marie Meunier, déléguée à l’économie sociale et solidaire, Monsieur Guy Barbotteau, président de la Chambre régionale de l’économie sociale et solidaire et Monsieur Jean Louis Cabrespines, président du Conseil National du CRES l’attendaient pour procéder à la coupure du ruban. Après un bref passage dans les stands pour rejoindre le podium, les partenaires Coventis ont pris la parole dans un brouhaha généralisé pour évoquer les enjeux et les engagements que comportent ces deux journées.

Inauguration de Coventis à MontpellierLe représentant de la Région et de la Chambre Régionale a rappelé que ces rencontres devaient permettre aux acteurs de l’économie sociale et solidaire de se rencontrer et de débattre autour de tables rondes - mais aussi et surtout de faire des affaires et de favoriser le développement inter-filière.

Le préfet, Monsieur Claude Baland, a souligné l’importance significative de ce type d’économie dans l’économie du Languedoc Roussillon justifiant à elle seule sa présence et son soutien dans la gestion des modes d’organisation. L’économie sociale et solidaire représente en effet à elle seule onze pour cent des entreprises de la région, soit treize pour cent des salariés du Languedoc-Roussillon.

La création d’emploi est une question cruciale dans la région, est bien que le nouveau président du Conseil régional Christian Bourquin soit venu réaffirmer sa volonté de poursuivre l’engagement de son prédécesseur Georges Frêche, Claude Baland a rappelé les tristes records de chômage enregistrés dans la région, supérieur à la moyenne nationale.

Pendant les deux jours de Coventis, à l’image des étudiants de l’économie sociale et solidaire venus trouver un stage ou échanger quelques idées, les visiteurs déambulaient d’un stand à l’autre, curieux de découvrir les spécificités d’un mode d’organisation économique et social présent dans de nombreux secteurs d’activités tels que le domaine bancaire, mutualiste, agricole, touristique et même dans l’habitat.

La convention - 'Coventis' à MontpellierLes échanges sont nombreux avec des exposants plus soucieux que jamais de montrer qu’il est possible de faire des affaires tout en respectant et en contribuant activement au développement de la vie locale en France mais aussi à l’étranger. Tel est le cas de Paul Llonguet, devenu membre actif d’une ONG de développement au Pérou qui aide les enfants en situation difficile et organise des séjours touristiques solidaires. Après quelques années dans le secteur bancaire, une expérience personnelle l’amène à faire de l’humanitaire durant quelques mois au Pérou. Séduit par ces nouvelles missions, Paul Llonguet développe depuis des séjours touristiques dans lesquels le voyageur se retrouve immergé dans les villages, logés parmi les enfants dans les structures construites par l'ONG. Il peut participer à la vie des villages aux côtés des enfants, visiter les perles du Pérou et découvrir pleinement la culture des villageois. 'ONG aide les villages à organiser leur accueil touristique. Une partie des fonds récoltés participent au développement des villages d’enfants.

Une autre association de tourisme solidaire organise des séjours touristiques dans plusieurs pays d’Amérique Latine offrant aux touristes la possibilité de découvrir et d’observer la vie locale mais sans participation cette fois. Le voyageur décide au grès de ses envies et de son emploi du temps des activités qu’il va réaliser. Les villages qui ont souhaité recevoir les voyageurs s’occupent en toute autonomie du bon accueil de ses hôtes. Dans ce système, six pour cent du prix des séjours sera reversé aux villages d’accueil pour favoriser leur développement.

Pour Paul Llonguet comme pour cette autre association, l’objectif de leur venue à la convention est de se faire connaître et reconnaître mais aussi de conclure des partenariats, pour bénéficier de soutiens financiers et pour pouvoir commercialiser leurs séjours auprès des comités d’entreprises des exposants présents au salon.

À l’échelle locale, on retrouve Pauline Lemaître qui anime depuis un peu plus d’un an le collectif "Régal d’Oc" qui met en relation les producteurs agricoles du parc du Haut Languedoc avec des acheteurs de la restauration collective comme les établissements scolaires ou les maisons de retraite et assure la promotion des produits locaux de qualité. Pour Pauline, la convention est avant tout une invitation de l’incubateur de projets, sans qui le projet n’aurait sans doute pas vu le jour, tellement le montage a été complexe. Elle attend de la convention de faire parler de l’association et d’informer les acteurs locaux et les visiteurs de leur fonctionnement.
Photos et texte : copyright SudDesign & Valérie Chosson

lundi 29 novembre 2010

Élan d'Art, l'art contemporain à Montpellier

7ème Salon d'Art Contemporain au Corum de Montpellier : Élan d'Art

Élan d'Art, Salon d'Art Conteporain à MontpellierD'abord, il y avait la candidature. Puis, la sélection. Et un jour, tout à coup, on fait partie des élus... "Non, je ne regrette pas d'être venue", dit Valérie Blanchart qui assiste pour la première fois au Salon d'Art Contemporain de Montpellier Élan d'Art qui, pour la septième fois, se tient au Corum.

Avec ses couleurs vives et brillantes, les tableaux de Valérie Blanchart se voient de loin. Lorsqu'on s'approche, c'est son style qui saute aux yeux : un style typique de la peinture naïve "inventée", il y a quelque 140 ans, par Henri Rousseau dit le "Douanier". Ses tableaux traduisent, tout simplement, la vie. Son style est imaginaire, mais avec l'imaginaire, elle peint la réalité. "Elle ne peint pas des objets d'art abstrait", commente un visiteur, "sa base est la vie réelle."

Élan d'Art à Montpellier : Valérie BlanchartDes tranches de vie - un homme qui promène son seau sur la plage, la pute qui raccole des jeunes dans une voiture, un tirage de loto,... "... des scènes de la ville où je vis." Valérie Blanchart est Parisienne, mais depuis un an, elle habite à Barcelone. "J'aime la ville." Et elle aime aussi l'exposition Élan d'Art : "Une bonne exposition", commente-t-elle, "il y a beaucoup de monde. Et une bonne communication." Reviendrait-elle l'année prochaine ? - Valérie Blanchart sourit. "Si je suis sélectionnée, oui, sûr."

L'art de Sami Adra est plus sérieux. "Le peintre a l'air triste", constate une dame dans la cinquantaine qui regarde les artistes et leurs œuvres. "Ses tableaux aussi", répond celle qui l'accompagne. Les tableaux de Sami Adra portent des titres comme "Des images de crise" ou "Un début à tout", et son style est abstrait. Son art, au contraire de celui de Valérie Blanchart qui exprime la vie dans son état pur, suggère la force - la force du bien et du mal, du réel et du irréel, de l'humain et de l'inhumain.

Salon d'Art Temporaire de Montpellier : Sami AdraPour Sami Adra, c'est déjà la troisième fois qu'il a été choisi comme exposant au Salon d'Art Contemporain de Montpellier. "Une exposition qui se tient", explique-t-il, "qui permet de prendre des contacts."

Pascal Cazaumayou de Valence est du même avis. "L'exposition montre un bon niveau, l'organisation est très sérieuse", dit-il. "Quant aux œuvres, il y en a du tout. L'exposition réussit à exprimer la différence." La différence, cela inclut aussi les œuvres de Cazaumayou, étonnants à première vue, fascinants lorsqu'on les regarde de près. D'abord, on pense qu'il est photographe, ensuite, on s'aperçoit qu'il va beaucoup plus loin...

Le style de ses œuvres est une allusion aux affiches de propagande des années 1970 en Chine. "Je voulais rendre hommage non à une époque politique, mais à un graphisme", explique l'artiste. Il se sert des photos de reportage en noir et blanc, l'actualité de l'époque bannie par lui-même, reporteur à Shanghai, sur du papier photographique argentique. Les photos racontent l'histoire des "gens du fleuve", de ceux qui vivent au bord du Huang Pu Jiang, de leur quotidien, de leurs péniches. Ensuite, dans le style du graphisme chinois, il a "collé l'actualité d'aujourd'hui" sur les photos. Le résultat : des œuvres qui reflètent la vie de jadis, d'aujourd'hui, de demain...

Pascal Cazaumayou au Salon d'Art Contemporain de MontpellierSelon Pascal Cazaumayou, on ne peut pas assez encourager les organisateurs du Salon d'Art Contemporain de Montpellier pour qu'ils recommencent l'année prochaine. Les organisateurs, c'est l'association "Élan d'Art" située au Millénaire à Montpellier. En dehors du Salon qu'ils organisent en collaboration avec la mairie de Montpellier, ils s'occupent surtout des ouvrages et des œuvres rares.

Les artistes ne sont pas les seuls à apprécier le travail des membres de l'association "Élan d'Art". "Cette exposition", s'enthousiasme un Monsieur d'une quarantaine d'années, "est digne d'être montrée à Paris. Cela prouve", continue-t-il fièrement, "que Montpellier n'est pas une 'ville de province' sans importance. Au moins en ce qui concerne son goût de l'art."

"Je me régale", assure aussi une dame dans la trentaine. "Il est rare qu'on ait l'occasion de voir tant d'œuvres excellents dans une seule exposition." Et une dame un peu plus jeune remarque : "J'ai un ami qui est un peintre excellent. Je lui dirai de poser sa candidature pour l'Élan d'Art, l'année prochaine."

D'autres articles sur l'art dans "Les gens de Montpellier" :
Le Corum des Peintres : Montpellier et ses artistes
Art et artistes à Montpellier
Photos et texte : copyright Doris Kneller

mardi 23 novembre 2010

Montpellier, la grève : les trams et la journée de mobilisation

Les Montpelliérains qui ne manifestent pas : micro-trottoir à la Place de la Comédie

Jour d'action à Montpellier"Aujourd'hui, ce n'est pas une journée d'action, mais de mobilisation", explique un membre de la CGT. "Chacun fait ce qu'il veut - une entreprise peut faire la grève ou non, on est absolument libre."

Pour ce mardi de mobilisation, juste 19 réseaux de transports urbains ont donné leur préavis - tandis qu'à la journée d'action du 28 octobre, ils étaient encore 32. Montpellier et ses trams, "spécialistes des grèves", comme l'exprime une dame dans la cinquantaine, font partie des grévistes "infatigables".

"Si j'en ai marre des journées d'action et de mobilisation ?" répète une dame dans la trentaine la question de l'équipe des Gens de Montpellier. "Je vais vous dire quelque chose : j'ai énormément de respect pour les gens qui luttent pour une bonne cause. Mais la Tam à Montpellier, j'y crois plus. Ses employés font la grève quand ils en ont envie, grève nationale ou pas. Franchement, j'en ai marre. Le tram n'est pas une lutte politique, mais un cauchemar."

Manifestation pour les retraites, MontpellierPendant ses micro-trottoirs, l'équipe des Gens de Montpellier a constaté que cette dame n'est pas la seule à se plaindre de l'attitude des Montpelliérains et, particulièrement, des bus et trams face à la lutte intersyndicale. Après avoir interrogé beaucoup de manifestants, elle voulait connaître l'avis des "autres", de ceux qui ne manifestent pas.

28 octobre 2010, place de la Comédie. Une foule de manifestants se pousse autour de la fontaine des trois Grâces. Des gens regardent les défiler, quelques-uns sourient, d'autres hochent la tête. Encore d'autres sont assis sur les terrasses de la Comédie, devant une tasse de café ou un verre de bière, et ils observent la manifestation.

"Pourquoi je ne participe pas ?" répond un jeune homme qui, avec sa copine, boit de la bière. De temps en temps, il pointe sur l'une ou l'autre des manifestants, et les deux éclatent de rire. "Parce que je n'en ai rien à faire. Ceux qui ont du travail peuvent se battre pour leurs retraites, si ça leur plaît. Mais ce n'est pas ma bataille. D'abord, il me faudrait du travail..."

Grève à MontpellierEst-ce vrai qu'en tant de chômeur, on n'est pas concerné des objectifs de la manifestation ? - "Bêtises", répond un homme un peu plus âgé. "On est tous concernés. Je suis chômeur moi aussi." - Et pourquoi est-il au café au moment de la manifestation ? "Parce que c'est trop tard. Sarkozy est le plus fort."

"Cela ne me concerne plus", commente une dame dans la soixantaine. "J'ai ma retraite. Pourquoi voulez-vous que je manifeste ?" - Et la retraite de vos enfants et petits-enfants ? - La dame se retourne. La conversation est close.

"Je ne manifeste pas, parce que ça n'a pas de sens", déclare un Monsieur dans la quarantaine qui, lui aussi, observe la manifestation assis devant un verre de bière. "C'est très joli de se promener l'après-midi en ville. Mais croyez-vous vraiment que ça change quoi que ce soit ? Ceux du gouvernement, ils se moquent de notre promenade et de nos grèves innocentes. Les ministres de Monsieur Sarkozy ne prennent pas le tram."

"Je ne m'intéresse pas à la politique", dit une jeune femme. "J'ai du travail - je suis prof - et j'ai une famille. Tout va bien, alors, n'est-ce pas ?" Et le Monsieur assis à sa table ajoute : "Les manifestations, c'est pour ceux qui n'ont pas envie de travailler."

"Les manifestants me font peur", explique un autre Monsieur d'à peu près cinquante ans. "Il y en a toujours qui cherchent la bagarre. Ils s'en fichent des retraites. Tout ce qu'ils veulent, c'est casser des voitures et lancer des pierres sur les policiers."

"À l'époque", soupire un Monsieur dans la bonne soixantaine, "dans les années 70, j'ai manifesté moi aussi. Mais tout a changé. Nous, on croyait encore à notre cause, on pensait que tout serait possible. Nous avons aussi cru à l'honnêteté des hommes politiques. Nous savions qu'ils n'étaient pas de notre avis. Qu'ils ciblaient d'autres objectifs que nous. Mais au fond, on était persuadés qu'ils ne perdraient pas de vue le 'bien-être du peuple'." Il pousse un rire amer. "Aujourd'hui, on ne croit plus en rien." Et il ajoute, comme s'il s'adressait juste à lui-même : "Et surtout pas dans l'honnêteté de certaines personnes."

"Je suis anglaise", dit une jeune femme avec un accent assez fort. "Ces choses ne me regardent pas." Puis, elle fait une grimace et ajoute : "Et ils font beaucoup de bruit." - "Comment peux-tu dire ça ?" Une autre jeune femme à sa table, également dotée d'un fort accent, se mêle de la conversation. "Même si nous ne sommes pas françaises, ça nous regarde." Elle s'adresse à l'équipe des "Gens de Montpellier" : "Je vis à Montpellier depuis cinq ans. Et je travaille ici. Je suis alors concernée autant que les Français." - Et pourquoi prend-elle un café tandis que les autres manifestent ? - "Je ne sais pas", répond-elle et hausse les épaules. "Vous avez raison, je devrais marcher avec les autres."
Photos et texte : copyright Doris Kneller

lundi 22 novembre 2010

Salle Pétrarque à Montpellier : le principe de l'identité

Journées de Novembre de l'Association pour un judaïsme humaniste et laïque de Montpellier

Association judaïsme humaniste et laïque, MontpellierCeux qui rentrèrent dans la Salle Pétrarque, étaient encore raisonnablement sûrs de ce qu'ils étaient. Une demi heure plus tard, leur identité avait volé en éclats...

"Communautés, peuples, nations. Mythes et réalités de l’identité" était le sujet de la soirée. Salim Mokaddem, qui aborda la question du point de vue philosophique - comme on l’attend d'un professeur de philosophie à l’université de Montpellier - constata que déjà Aristote se servait du principe de l’identité comme un des éléments de sa logique. Selon Mokaddem, il était question d’une identité figée et indubitable. Mais le professeur de philosophie préfère l’idée d'un processus d’identification à celle de l’identité.

Ainsi, le philosophe montpelliérain expliqua que l’enfant ne naît pas avec une identité : il la construit plutôt et cela demande du temps. Dans ce processus qui mène du multiple indifférencié à l’identité, l'humain apprend aussi à reconnaître l’autre. Tout commence par le nom - ce nom qu’on donne aux enfants avant même qu'ils soient en mesure de le prononcer. Or, en nommant les choses l’enfant apprend à les identifier.

L'identité juive : Journées de Novembre à MontpellierMais ce processus ne doit jamais s’arrêter, se figer. Mokaddem rappelle au public un tableau de René Magritte, un peintre belge du dernier siècle, qui affiche le titre ”Ceci n’est pas une pipe”. Le nom n'est pas la "chose", ne doit donc pas être assimilé à elle. ”On rend invisible par le langage une grande partie de la réalité”, déclare Mokaddem. Nommer, ce serait identifier mais aussi occulter ce qu’on ne nomme pas...

Le vrai écrivain, dit le philosophe avec un regard pour sa voisine, l’écrivain Janine Gdalia, sait très bien qu’il est multiple, qu’il parle avec plusieurs voix différentes, qu’il n’existe pas en tant qu'Écrivain en singulier. La vie est une construction d’identifications et de "des-identifications" permanentes, un processus censé ne pas se figer en des identités immuables, "éternelles" - et cela, souligne Mokaddem, est valable aussi pour les identités nationales.

Philippe Martel, spécialiste de l’histoire de l’enseignement de la langue occitane á l'université Paul Valéry, ramena la discussion de la sphère philosophiques à un niveau plus terre à terre. "Comment peut-on être occitan?", était le sujet principal de son intervention.

La République Française a toujours voulu garantir les droits de l’individu dans le cadre de la nation. Or, entre ces deux entités, il n'y a rien. Pas de place pour des communautés ethniques ou nationales, donc, autres que la grande communauté de la Nation, plébiscitée chaque jour par ses membres, explique Martel s'appuyant sur la citation du philosophe Renan.

Cela implique une libération par rapport à l’Ancien Régime, où les individus étaient enfermés dans des régimes juridiques qu'ils n'avaient pas choisis. Mais cela, explique l'historien de Montpellier, mène aussi à une atomisation de la société : à un individu nu et seul face à l’état.

En plus, á coté de l’idéal jacobin, il y a une réalité où les groupes continuent d’exister, mais sans être reconnus ou avoués. Et si tous les Français étaient égaux devant la loi, certains l'étaient moins que d’autres : Martel évoqua les préjugés contre les méridionaux, courants dans la première moitié du XIXème siècle, préjugés que - avec l’Empire Français - ont visé d’autres cibles : les habitants des colonies.

Une autre culture nationale doit être possible, une culture dont tous les composants seraient légitimes, et tout spécialement les différentes langues. Martel : "La diversité religieuse est moins importante - après tout, les langues servent à la communication alors que les religions parlent à quelqu’un qui ne répond que rarement..."

Janine Gdalia, directrice de collection et écrivain, se concentra sur l’identité juive en France. Elle expliqua que les juifs français seraient des séfarades - donc marqués par l’exil (la plupart d’entre eux seraient venus en France après les déclarations d'indépendances du Maroc, de la Tunisie et de l’Algérie) - ou, alternativement, des ashkénazes, des juifs de l'Europe de l'Est, c’est-à-dire des rescapés de la Shoah.

Selon Gdalia, on parle ici d’une identité à couches successives. En tant que juif, on n'est pas tout à fait "d’ici" ni "d’ailleurs" - une ambiguïté qui, toutefois, peut être féconde...

Ainsi, Janine Gdalia indique que le statut du juif laïque implique un problème tout spécial. À la différence du croyant, le juif laïque ne trouve pas son "assise naturelle" dans la religion. Elle pose donc la question si on peut vraiment être juif et laïque...

En réaction à la question de l'équipe des Gens de Montpellier une femme dans la quarantaine se montre très satisfaite du niveau du débat. Elle indique que l’intervention de Salim Mokaddem aurait exigé qu'on se concentre beaucoup, mais que l'effort aurait largement été récompensé par la richesse des idées exposées. "J’ai aussi apprécié l’humour de Philippe Martel", assure-t-elle.

Un Monsieur d'à peu près le même âge regrette la faible assistance : "S’il y avait eu des intervenants plus médiatiques, la presse aurait mieux informé des Journées." Puis, il ajoute : "S'il y avait eu Régis Debray, par exemple, la queue pour rentrer aurait commencé à la Comédie". Et pourtant, commente un Monsieur plus âgé, la qualité du débat n'aurait pas laissé à désirer - "même si les célébrités étaient locales et non pas parisiennes".

La soirée était organisée par l’Association montpelliéraine pour un judaïsme humaniste et laïque dans le cadre de ses "Journées de Novembre", conjointement avec "Coup de Soleil", l'Association culturelle France-Maghreb et l'Association Identités et Partage - Culture Berbère et Citoyenne.
Photos et texte : copyright Jorge Sexer & SudDesign

mardi 16 novembre 2010

Montpellier ZAT : Zones Artistiques Temporaires 2010 à 2020

Première ZAT, Zone Artistique Temporaire, à l'Antigone, Montpellier

Le ZAT Antigone à Montpellier
Les Zones Artistiques Temporaires à Montpellier
La mairie de Montpellier et son maire Hélène Mandroux marquent un point pour l'avenir de leur ville : bien que le terme "temporaire" fait partie du nom de la nouvelle manifestation censée affirmer encore une fois la position de Montpellier parmi les villes où la culture est écrit avec un grand C, les Zones Artistiques Temporaires sont planifiées pour - dix ans.

George Frêche l'a voulu : la première ZAT eut lieu dans son Antigone adoré. Et il aurait été content - aussi contente que Hélène Mandroux qui s'adresse aux lecteurs des Gens de Montpellier lorsqu'elle exprime son émerveillement - bien que ce soit la première Zone Artistique Temporaire, il y aurait déjà tant de monde. "La ZAT est bien accueillie d'emblée", répond-elle à la question de l'équipe des Gens de Montpellier. "Cela prouve que la population de Montpellier est ouverte à l'art."

L'art présenté par les ZAT n'est pas un art enfermé dans les salles ou derrière les caisses d'un musée. Les Zones Artistiques Temporaires occupent les rues - elles appartiennent à ces rues et à ceux qui les fréquentent. Et elles sont là pour être partagées : les danseurs, par exemple, qui dansent sur la Place de Thessalie ne dansent pas seuls. Ils animent le public de danser avec eux, de s'exprimer, de laisser libre cours aux mouvements naturels du corps. D'abord, les gens refusent d'être tirés dans le cercle. Ensuite, toutefois, lorsqu'ils osent se relâcher, un grand sourire envahit leurs visages.

Montpellier : Zones Artistiques Temporaires à l'Antigone
ZAT Montpellier : la fée de l'Antigone
On partage les rues, mais aussi l'air. Il est vrai que l'acrobate de la compagnie "Retouramont" qui semble danser dans l'air n'a pas d'ailes, mais est attachée à un système sophistiqué de cordes. Mais lorsqu'on observe ses mouvements élégants, on a l'impression qu'elle vit dans l'air, comme une sorte de fée de l'Antigone. Mais elle n'est pas la seule à avoir le droit de s'aventurer dans le ciel au-dessus de Montpellier – ceux qui souhaitent ”voler” eux aussi peuvent participer. Et les enfants courageux peuvent monter sur des socles élevés pour voir, comment se "sent" une statue...

"Est-ce de l'art ?" murmure une femme d'une trentaine d'années lorsqu'elle observe des silhouettes emballées dans des bâches de plastique qui, avec de longues bandes blanches, prennent la "mesure" de l'Antigone. Elle ne trouve pas de réponse - comme personne n'a jamais trouvé de réponse à la question éternelle de la nature de l'art. Toujours est-il que les silhouettes en plastique continuent à arborer les rues avec leurs pieds glissés dans des chaussures à haut talon. Soudain, l'une ou l'autre silhouette s'arrête et s'allonge par terre. Elle réfléchit dans l'ombre de l'Antigone. Elle réfléchit sur le destin du monde et sur ce que, lorsqu'elle se relèvera, elle inscrira sur une des longues bandes blanches destinées à révéler la longueur de l'Antigone...

Toutefois, pas tout le monde est censé profiter des spectacles - au moins pas du loin : plusieurs artistes s'expriment brutalement contre les photos. Le clown sur la Place de Thessalie, par exemple, bouscule les photographes qui ne sont pas plus forts que lui, et d'autres artistes se retournent ou cessent leur performance dès qu'ils aperçoivent un appareil photo. Cela, pourtant, ne les empêche pas de bien se tenir devant la caméra vidéo de la ville de Montpellier - pour que le spectacle dure, les diverses scènes qui se déroulent à la ZAT de l'Antigone sont filmées et chargées sur le site de la mairie.

Il va de soi qu’à Montpellier, l’art ne reste par isolé. Tout est lié, l’art au gens de la rue, les gens à la culture et la culture à la technique. Et qui dit technique à Montpellier dit tram. Tout comme le tram déambule au long des rues de Montpellier, les ZAT déambuleront avec lui - ce n’est pas pour rien que les trams eux-mêmes sont des œuvres d’art… Christian Lacroix oblige. Ainsi, les prochaines ZAT se développeront au long du trajet des trams - d’abord, elles suivront la ligne 1, plus tard la 2, la 3, un jour la 4…

Hélène Mandroux à la ZAT, Montpellier
Hélène Mandroux illumine la Place du Nombre d'Or
Mais le grand public montpelliérain n’est pas le seul à profiter des Zones Artistiques Temporaires - aussi les commerçants sont contents. La restauration autour de la ZAT va bien, et on peut même se régaler sur place avec la bonne soupe chaude. "Il y a", commente un étudiant qui, quelques jours auparavant, participa à l'AG Interpro sous les arbres du Peyrou et dégusta la soupe excellente de Benoît, "une différence énorme entre la soupe culturelle et la soupe populaire : la première coûte trois euros, la deuxième est faite avec amour."

Toute critique disparaît au moment où la nuit tombe, et Hélène Mandroux, avec l’aide des enfants autour d’elle, allume la première bougie. Et peu après, la fontaine de la Place du Nombre d’Or se transforme dans un lac enchanté. La lueur de milliers de flammes de bougies fait rayonner les maisons de l'Antigone et les visages des Montpelliérains. Quelques-uns se mettent à danser. Une autre nuit montpelliéraine vient de commencer.
Photos et texte : copyright Doris Kneller

mardi 9 novembre 2010

Montpellier : les Montpelliérains manifestent toujours

Huitième manifestation contre la réforme du système des retraites : toujours des manifestants dans les rues de Montpellier

A Montpellier, les manifestations continuentMontpellier, rue de Maguelone. Une voiture bloquée par le cortège des manifestants attend la fin de la manifestation. Au volant, un jeune Maghrébin.

Soudain, un manifestant aux lunettes noires se jette sur la voiture, la martèle à coups de pied et fait mine de vouloir s'attaquer à son conducteur. Immédiatement, il est entouré par une dizaine de manifestants qui l'éloignent par force. "Tout est de leur faute", crie l'homme aux lunettes noires, parlant des Maghrébins. "C'est à cause d'eux que je dois bosser jusqu'à 70 ans." et : "Arabes dehors !"

Il n'a rien compris", commente un des manifestants dans son entourage. "Non, c'est un agitateur", le corrige un autre, et un troisième avance : "...payé par le gouvernement." Les autres ne disent rien, mais beaucoup ont l'air dégoûtés. Quelques minutes plus tard, l'homme aux lunettes noires quitte le milieu du cortège et, arrivé à la place de la Comédie, il abandonne la manifestation par le Boulevard Victor Hugo...

Montpellier : la lutte pour les retraitesSur la Comédie, l'ambiance change. Placée sur les marches de l'opéra-comédie, une chorale accueille les manifestants avec un pot-pourri de chansons internationales de lutte ouvrière. Sylvain, visiblement un pro de la musique, la dirige et incite le public à participer. Son visage rayonne, et on voit que les choristes ne chantent pas seulement avec passion, mais aussi avec plaisir. Les mines des manifestants qui, il y a cinq minutes, étaient impliqués dans la manœuvre raciste de l'agitateur, s'éclaircissent. "Cela redonne de l'espoir", entend-on dans le public, et : "Rien n'est perdu." Finalement, après un "On n'est pas fatigués !" scandé tous ensemble, la plupart des gens continuent la manifestation en direction du Peyrou, et il est visible qu'ils ont retrouvé leur élan.

"Je voulais juste rappeler aux manifestants que personne n'est seul dans la lutte", explique Sylvain, directeur du "Chœur de Lutte", et il ajoute que sa chorale, malgré sa qualité musicale, n'aurait rien de professionnel. "J'ai juste distribué des textes, et ceux qui en avaient envie sont venus chanter."

"Oui, vous avez raison", réagit une dame dans la trentaine à la remarque de l'équipe des Gens de Montpellier, "nous ne sommes peut-être plus que quelque dix mille à manifester. Mais dix mille personnes décidées à ne pas renoncer, ça compte." Et un homme un peu plus âgé ajoute : "Ce n'est pas la quantité qui compte, mais la qualité."

Le choeur de lutte à MontpellierUn monsieur dans la quarantaine n'est pas de leur avis. "C'est la dernière manifestation", juge-t-il, "le mouvement est à sa fin." Il n'est pas le seul à considérer la cause des retraites comme perdue. Toutefois : "Le fait que la loi est votée ne signifie pas qu'elle est définitive", lui contredit une étudiante. "Nous continuons à nous battre." Une autre étudiante est d'accord  "Ça fait longtemps que les retraites ne sont plus la seule raison pour descendre dans la rue. C'est plutôt le ras-le-bol général. Nous en avons marre d'un gouvernement qui agit contre la volonté du peuple."

Une question qui surgit souvent dans les rangs des manifestants est celle de l'avenir. "Que le mouvement va-t-il devenir ? ou "Qu'est-ce qu'on va faire ? Continuer à manifester une ou deux fois par semaines ?" ou, tout simplement, "Le mouvement est-il à sa fin ?

Cette question sur l'avenir du mouvement était aussi au cœur d'une réunion de l'AG Interpro qui eut lieu au Peyrou, après la fin de la manifestation. Une première préoccupation était le refus de la mairie - "qui, toutefois, est pour les manifestations", comme dirent les participants à la soirée - de leur accorder une salle. Mais, finalement, tout le monde était positif que, la prochaine fois, ils n'auraient plus besoin de se réunir "dans le froid."

Montpellier et les manifestations : la soupe du peupleCe froid était atténué par l'idée conviviale de Benoît de faire la soupe aux légumes pour tout le monde. Une initiative personnelle ou une intervention payée, par exemple, par les syndicats ? "J'avais envie de le faire, tout simplement", déclare Benoît avec un petit sourire timide. Puis, il dit à un ami qu'il aimerait inviter tout le monde et le faire savoir par haut-parleur. Mais il ne l'ose pas.

Qui est ce jeune homme, voulait savoir l'équipe des Gens de Montpellier, qui si gentiment achète des légumes, qui les fait cuire dans une grande casserole aux jardins du Peyrou, qui amène des bols et des couverts pour tout le monde... ? "Disons", répond Benoît, "que c'est juste un homme qui a envie que les gens mangent ensemble et en profitent pour discuter des sujets qui, en ce moment, sont importants pour tout le monde."

De toute manière, l'AG Interpro ne s'est pas séparée sans au moins une idée qui vaut la peine d'être soumise à des décideurs nationaux : organiser une manifestation immense à Paris. Une manifestation qui bloquerait la ville entière et qui ferait comprendre au gouvernement qu'il y en a beaucoup en France qui ne sont plus d'accord.

"Si tout le monde va à Paris", doute un des participants à la réunion, "ils vont croire qu'on abandonne le mouvement en province." - "Mais non", interviennent des autres, "on apparaîtra massivement à Paris pour, ensuite, reprendre la lutte dans les petites villes." - "Manifestation à Paris ou non", déclare une étudiante, "nous pouvons pas continuer comme ça. Tout le monde n'a pas le temps de manifester si souvent et, en plus, ceux qui ont le pouvoir ne s'en préoccupent pas. Si on ne fait pas quelque chose de plus massif, de 'visible', on peut aussi bien arrêter le mouvement. Mais ça", ajoute-t-elle, "est hors question."

"Quoi qu'on fasse", commente un homme dans la soixantaine, "le dernier mot n'est pas prononcé. Le peuple est lancé, on va voir ce qu'on va voir."
Photos et texte : copyright Doris Kneller

vendredi 5 novembre 2010

Montpellier science et culture : Agora des Savoirs est de retour

Le nouveau cycle d'Agora des Savoirs à Montpellier : Les idéaux de la connaissance

L'Agora des Savoirs au Centre Rabelais, MontpellierÀ 19.30 heures, la salle commença sérieusement à se remplir. À 20 heures, toutes les places furent prises. Et lorsque, à 21.30 heures, Régis Penalva de la librairie Sauramps introduisit la première conférence du nouveau cycle de l'Agora des Savoirs, le centre Rabelais était "plein à craquer" : des gens sur les marches, d'autres debout... Mais personne ne se plaignit. Car tout le monde avait un objectif commun : écouter la conférence de Sylviane Agacinski tant attendue par les amateurs de l'Agora des Savoirs.

L'Agora des Savoirs, une série de conférences à Montpellier qui, déjà l'année dernière, avait un succès énorme, c'est de la "science pure". Mais une science à la portée de tout ceux qui sont curieux de connaître les forces qui animent le monde, le vivant, les esprits - et l'homme. Cette science est offerte aux Montpelliérains par leur mairie - comme l'année dernière, Hélène Mandroux, maire de Montpellier, assista à la première conférence - en collaboration avec la librairie Sauramps.

Sylviane Agacinski à MontpellierLa première conférence de la nouvelle session fut baptisée la "leçon inaugurale" et traita de "l'inestimable" - une leçon sur les idéaux de la connaissance et la question, en quoi les savants peuvent-ils encore croire. L'idée de "l'inestimable" présentée par Sylviane Agacinski, professeur de philosophie, tourna autour des valeurs. La philosophe partit du principe qu'une civilisation ne peut que reposer sur des valeurs inestimables - des valeurs qui n'ont pas de prix.

"Si j'ai déjà assisté à une autre conférence de l'Agora des Savoirs ?" répète une dame dans la cinquantaine la question posée par l'équipe des Gens de Montpellier. Elle sourit. "Oh oui, on peut le dire comme ça. Depuis que l'Agora existe, je n'ai pas raté une seule conférence."

La dame n'est pas la seule. Pour 70 pour cent des personnes interrogées par les "Gens de Montpellier" à la sortie du centre Rabelais, la conférence de Sylviane Agacinski n'était pas la première dans le cadre de l'Agora des Savoirs. Et plusieurs personnes ont assuré qu'elles auraient assisté à toutes les manifestations Agora des Savoirs précédentes.

Agora des Savoirs au Centre Rabelais de MontpellierEst-ce alors la science elle-même ou le concept des conférences de l'Agora des Savoirs qui attire les Montpelliérains au point de remplir systématiquement non seulement les 400 places de la salle de projection du centre Rabelais, mais aussi ses marches et la salle de réunion ? Sont-ils vraiment si amoureux de la science qu'il n'hésitent pas à venir une heure avant le début des conférences, à être assis inconfortablement sur les marches de la salle ou, même, à rester débout pendant plus de deux heures ?

"Je ne pouvais pas venir plus tôt", explique une dame dans la quarantaine qui avait trouvé un coin sur les marches de la salle. "Mais je voulais absolument assister à la conférence. Oui," poursuit-elle après une nouvelle question, "je serais même restée debout." Puis, elle réfléchit. "Ce que je trouve si bien... déjà, les sujets sont très bien choisis. Prenez le sujet d'aujourd'hui, les valeurs de la société. Je trouve que c'est très actuel. On dit tout le temps que les jeunes n'auraient plus de valeurs. Tout le monde parle de l'argent. On ne pense qu'à soi-même."

Les Montpelliérains qui fréquentent le centre Rabelais les soirées de l'Agora des Savoirs sont-ils tous des adeptes de la science ? - "Non," répond un Monsieur dans la trentaine, "je ne m'intéresse pas vraiment à la science. Ou, plutôt, je ne m'y suis pas intéressé avant l'Agora des Savoirs. C'est ici que j'ai pris goût." - Depuis qu'il fréquente les soirées organisées par la mairie de Montpellier et la librairie Sauramps consacre-t-il du temps à la science aussi en dehors des conférences ? - "Oui, un peu. L'année dernière, je me suis acheté deux livres écrits par des intervenants. Je les trouvais très intéressants." - Sans l'Agora des Savoirs aurait-il eu l'idée d'acheter des livres scientifiques ? "Pas vraiment. Je n'aurais pas su que ces auteurs existent et je n'aurais pas eu l'idée de m'intéresser à leurs livres."

"Je trouve fantastique que je comprends tout ce qu'ils disent", commente une dame d'une quarantaine d'années. "Ou presque. J'ai toujours pensé que je ne serais pas capable de comprendre la science. L'Agora m'a prouvé le contraire. Maintenant, je ne peux plus me priver de ces soirées, je suis devenue 'accro'." Elle rit. "Elles ont éveillé ma curiosité. Oui", ajoute-t-elle, "je suis contente qu'un nouveau cycle a commencé."

Toutefois, il est clair que l'unanimité ne règne nulle part. "Oui, ça m'a plu", répond un jeune homme un peu hésitant. "C'est-à-dire que le thème était intéressant. Mais la conférence était trop superficielle. Elle n'a pas vraiment traité le thème, pas suffisamment" - Est-ce la première fois qu'il assiste à une soirée Agora des Savoirs ? "Oui, on m'en a beaucoup parlé, mais je suis un peu déçu." - Reviendra-t-il quand même ? "Probablement oui. Pour voir si j'apprécie plus les autres conférences."

Une dame dans la trentaine réagit à une des réponses que Sylviane Agacinski a données en réaction aux questions du public. "Ce qu'elle a dit sur le droit des femmes de décider sur leur corps, je suis bien d'accord. Mais c'est un discours que j'ai entendu tant de fois, de la part de mes amies féministes, que je ne le trouve plus très original."

Et la semaine prochaine ? La salle sera-t-elle de nouveau si comble ? "Mercredi prochain", se rappelle un homme dans la quarantaine, "on parlera du mythe de la science. Je viendrai, c'est sûr. La conférence sera certainement très intéressante." - Presque tous les Montpelliérains interrogés par l'équipe des Gens de Montpellier sont du même avis : "Oui, je reviendrai la prochaine fois." - sauf une jeune dame : "Mercredi prochain j'aurais malheureusement un empêchement. Mais j'assisterai à la conférence de la semaine suivante."

Autres articles sur l'Agora des Savoirs :
Agora des Savoirs à Montpellier : le troisième cycle
J.-C. Bousquet et le musée naturel
Photos et texte : copyright Doris Kneller

samedi 30 octobre 2010

Montpellier soutient Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière

Montpellier, place de la Comédie : "304 ballons pour nos amis."

Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière"Surtout, il ne faut pas les oublier." Lorsque Nacera parle de ses amis Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière, sa voix est triste. Mais elle n'est pas prête à désespérer. "Pour le moment, nous ne savons pas quand ils vont rentrer", explique-t-elle. "Nous avons donc besoin que les gens se mobilisent."

Nacera fait partie du Comité de soutien à Hervé et Stéphane. Ce comité n'a rien d'un "organisme officiel". "Nous sommes juste des amis qui veulent que Stéphane et Hervé rentrent sains et saufs."

Cela fait une dizaine d'années que la jeune femme connaît Stéphane Taponier dont la famille vit à Montpellier. "J'ai fait un stage à l'époque, et Stéphane m'a hébergée. Ensuite, nous sommes devenus des amis très proches." Elle n'a jamais rencontré Hervé Ghesquière, mais elle est persuadée que, bientôt, lui aussi sera son ami. "Je ferai sa connaissance lorsqu'ils rentreront." Et qu'ils rentrent, ceci ne fait aucun doute pour elle.

Comité de soutien, Montpellier
Deux ballons pour deux amis
Le jour où la ville de Montpellier a lancé 304 ballons bleus, chaque ballon un symbole pour une journée de captivité, il était question de rappeler aux Montpelliérains qu'on pense toujours à leurs amis. "La mairie de Montpellier était la première en France à afficher leurs portraits", informe Nacera. Pendant les premiers trois mois, personne n'avait le droit de publier les noms des deux otages - "mais dès que possible, Montpellier a fait connaître leurs noms."

Le pire, disent d'autres amis de Stéphane Taponier et d'Hervé Ghesquière, est que personne ne sait ce qui s'est vraiment passé. Les deux journalistes étaient en reportage en Afghanistan, accompagnés par trois Afghans, pour le magazine "Pièces à conviction" de France 3. Le 29 décembre 2009, ils ont été enlevés par un groupe taliban armé. La revendication : la libération de prisonniers talibans contre celle des deux Français et de leurs accompagnateurs.

Un Monsieur dans la cinquantaine s'adresse aux gens autour de lui. "Des reporteurs pour 'Pièce à conviction', ça laisse réfléchir. Qui nous dit qu'ils n'ont pas découvert quelque chose que les gouvernements préfèrent cacher ? On sait qu'il y a des militaires français en Afghanistan, et on sait qu'on ne nous révèle pas le vrai nombre de morts. Et, en fait, que fait Sarkozy pour la libération des otages ?" Personne ne lui répond.

Montpellier, Stéphane Taponier et Hervé GhesquièreEn attendant, le "Comité de soutien à Hervé et Stéphane" ne peut qu'espérer. "À Montpellier, nous sommes une trentaine d'amis qui continuent à se rencontrer pour parler des deux." On se raconte des scènes que l'on ou l'autre a vécu avec les journalistes, on échange des souvenirs, les amis de Stéphane Taponier parlent de lui aux autres, et ceux d'Hervé Ghesquière le présentent à ceux qui ne le connaissent pas encore. "On m'a tant parlé d'Hervé", dit Nacera, "que j'ai l'impression de l'avoir rencontré il y a longtemps."

"Attendre, c'est difficile", constatent les membres du comité dont aussi Thierry Taponier, le frère de Stéphane, fait partie. Mais tant qu'ils ne sont pas seuls, l'attente est un peu moins lourde. Et à Montpellier, ils sont bien entourés. "À Paris, on fait aussi des action et à Lille..." Lors du lâcher des ballons le 304ème jour de la captivité des deux journalistes, non seulement le maire de Montpellier, Hélène Mandroux, les a assuré de son soutien. Il y avait aussi le président de la chambre de commerce, le club de la presse, les "journalistes sans frontières", l'ordre des avocats... "Ils vont les libérer !", murmure une femme pendant que ses yeux suivent les ballons, et on comprend qu'elle parle à une personne qui est loin d'elle. Ensuite, elle se penche sur un petit garçon : "Regarde les ballons, ne sont-ils pas beaux ?
Photos et texte : copyright Doris Kneller

lundi 25 octobre 2010

George Frêche, le Montpelliérain éternel ?

"Montpellier est devenu orphelin" - Micro-trottoir

George frêche et la région de MontpellierIl y en a qui l'ont comparé avec dieu ou le diable. On l'a appelé le visionnaire et le bâtisseur. Pour d'autres, il était l'ennemi. Maintenant, George Frêche est tout simplement mort. Le 24 octobre, 18.15 heures, restera un moment imprégné dans la mémoire de Montpellier et des Montpelliérains.

"Je ne peux pas le croire," dit une femme dans la cinquantaine qui attend le tram à la gare de Montpellier. "Non, je ne l'ai pas aimé, mais, je ne sais pas comment l'exprimer. Je dirais qu'il m'a toujours semblé... immortel."

Immortel ? Toujours est-il que tous les Montpelliérains interrogés par l'équipe des Gens de Montpellier savent qui est George Frêche. Sans exception. Quelque quarante pour cent sont informés de son décès, ce lundi matin, et ceux qui l'apprennent le prennent pour une blague.

Montpellier et George Frêche"Avez-vous une caméra cachée ?" s'inquiète une dame dans la trentaine, "c'est une blague, n'est-ce pas ?" Un Monsieur d'à peu près le même âge se fâche. "Vous vous moquez de moi. George Frêche n'est pas mort." Et une dame un peu plus âgée : "Non, je ne peux pas le croire."

Est-ce possible de "le" croire ? "Montpellier est devenu orphelin". La dame dans la soixantaine est au bord des larmes. - Mais il y a toujours Hélène Mandroux, maire de Montpellier. - "Le maire ?" La dame hésite. "Bien sûr, elle est un bon maire. Mais c'est pas pareil." Et elle ajoute. "Il a plu toute la journée, hier. Même le ciel a pleuré sa mort." Elle lève les yeux pour regarder le ciel qui, ce matin, est d'un bleu clair immaculé. "C'est ce qu'il aurait voulu. Le soleil sur Montpellier."

George Frêche et l'Antigone de MontpellierQui était ce George Frêche à la mort duquel il est si difficile à croire ? "Un visionnaire", dit un Monsieur dans la quarantaine. "Un génie. C'est au moins ce que j'ai lu ce matin sur Internet. Pour moi, il était un homme énormément intelligent qui avait tellement envie du pouvoir qu'il en a perdu la tête." - "L'homme qui a fait de Montpellier ce qu'il est aujourd'hui", déclare une jeune femme. "C'est grâce à lui que Montpellier est devenu une ville internationale où on fait la fête tous les jours."

"Sans lui", explique une dame dans la cinquantaine, "Montpellier serait un village quelque part au Sud. La population aurait en moyenne soixante ans. Au plan culturel, on aurait notre ancien opéra, peut-être une salle de théâtre quelque part. Mais des lieux comme le Corum, l'Antigone, le Polygone ou même l'Odysseum, on n'en pourrait que rêver."

"George Frêche ?", réagit une autre dame d'à peu près le même âge. "Mort ? Vous êtes sérieux ?" Elle baisse la tête, puis ses yeux se fixent sur les maisons en face de l'arrêt du tram, sans les voir. "Pourquoi vous dites ça ? Il n'est pas mort, n'est-ce pas ? Je veux dire, vraiment mort."

Un Monsieur lui aussi dans la cinquantaine est déjà au courant. "Tout le monde a dit du mal de lui", constate-t-il. "Maintenant, où il est mort, ils ne diront que du bien. C'est comme ça." Et la dame à ses côtés ajoute : "Il a peut-être dit des choses qu'il ne fallait pas prononcer. Mais il était le seul qui avait le courage de le faire. Il a dit toutes ces choses que nous n'avons pas osé dire."

"Il était la voix du peuple", confirme une autre dame un peu plus jeune. "Tout le monde pense qu'il y a trop d'étrangers dans l'équipe de France. Mais on n'a pas le droit de le dire. Lui, George Frêche, il s'est pris le droit. Maintenant, on n'aura plus personne pour dire ce que nous pensons."

Un jeune homme qui est déjà informé du décès de George Frêche réagit d'un air rêveur. "Georgie, oui, il nous a quitté", dit-il. Puis il sourit légèrement. "Nous, c'est-à-dire mes amis et moi, on l'a toujours appelé Georgie. Il a fait semblant d'appartenir au peuple, fallait lui donner un nom en conséquence. Oui, il est mort. Hier soir. Une grande perte pour Montpellier. Politiquement, j'étais toujours contre lui. Mais il est vrai que c'était un grand homme. Des politiciens comme lui, ça n'existe plus."

"C'est l'homme qui a construit Montpellier", dit une étudiante avec un fort accent anglais. "Non, tu te trompes", intervient sa copine qui, elle aussi, étudie la langue française à Montpellier. "Il était maire de Montpellier et il a fait beaucoup pour sa ville. Montpellier", elle sourit, "a déjà existé avant lui."

"Et le tram ?" La dame dans la quarantaine se fait des soucis. "Sans George Frêche, la ligne trois ne sera pas construite. Ou pas immédiatement. Sans lui, les travaux traîneront éternellement."

"George Frêche ?" reprend un Monsieur du même âge. "Tiens, il est mort ? Je ne savais pas qu'il était encore en vie." Il hausse les épaules. "Non, sans blague. C'est triste qu'on ne puisse plus compter sur ses bouffonneries qui ont fâché tout le monde. Il faisait le clown, mais en vérité, il savait toujours ce qu'il voulait. Pour ceux qui l'ont considéré comme ennemi, il était un ennemi digne."

"Ce qu'il a fait va rester", explique un Monsieur un peu plus âgé. "On pensera à lui tant que Montpellier reste debout. Sa dernière œuvre était les statues à l'Odysseum. La statue de Lénine. Et les autres quatre. Maintenant, nous n'avons qu'à ériger une sixième statue. Celle de George Frêche. Il l'aurait bien mérité."
Photos et texte : copyright Doris Kneller

vendredi 22 octobre 2010

La Cicrane à Montpellier : Michel Saillard et son théâtre comique

Laura Charpentier, Juliette Phillips, Caroline Réali et les "Chiennes de Vies"

Chiennes de Vies, théatre La Cicrane à MontpellierCeux qui se rappellent ont l'impression de revivre l'été 1979 où, découverts par Stéphane Collaro, Pit et Rik ont pris pour une saison la place de... Coluche lui-même. Stéphane Collaro, acteur, réalisateur, humoriste, journaliste et animateur de télévision, était le premier à voir leur talent. Plus tard, le public n'avait besoin de personne pour s'en rendre compte lui-même.

Plus tard, ce fut les années 80, avec "Cocoboy", "Cocoricocoboy" et, bien sûr, "La cicrane et la froumi". Mais ceux qui sont trop jeune pour se rappeler n'ont pas besoin de référence "historique". Pour eux, c'est aujourd'hui, en plein Écusson à Montpellier, qu'il découvrent ce qui est un "véritable" théâtre comique.

Café-théâtre la Cicrane à MontpellierMême si la "froumi" est partie, la "cicrane" chante encore. Ou, plutôt, elle fait toujours rire le public, en forme d'un petit théâtre à Montpellier créé, en 1993, par Pit et Rik, alias Frédéric Bodson et Michel Saillard. Pit, Frédérik Bodson, n'est pas resté longtemps à Montpellier - il avait envie de retrouver la capitale et le cinéma, mais Michel Saillard y est toujours. Et il écrit toujours des scénarios qui rendent la vie plus agréable...

Parlons de la vie - au fond, les scénarios de Michel Saillard qu'on peut voir dans son théâtre comique "La Cicrane", ne sont pas si amusants que cela. Ses sujets, c'est la vie de tous les jours. Le stress du travail, les contacts avec les collègues, les petites misères de la vie quotidienne. Des problèmes que tout le monde connaît et qui, finalement, personne ne peut résoudre. Et pourtant, le public pleure de rire.

Michel Saillard a le talent de fait rire son public sur des sujets qui, normalement, le tracassent. Il utilise le rire comme un bâton magique : en riant, les gens comprennent que, finalement, la vie est trop belle pour se faire abattre par la méchanceté d'une collègue, par le mauvais humeur de son chef, par un jour de pluie ou, tout simplement, par la solitude. Ses pièces plantent dans les idées de leurs spectateurs la pensée que, en réalité, tout problème peut être résolu. Qu'il y a toujours quelqu'un qui est prêt à aider. Et que personne n'est vraiment seul, tant qu'il est prêt à s'ouvrir... autrement dit, Michel Saillard parle du "vivre ensemble".

Michel Saillard et le théâtre à MontpellierToutefois, pendant que les gens regardent les pièces du petit théâtre comique la Cicrane, il n'y a pas beaucoup de place dans leurs pensées pour philosopher sur la vie et le "vivre ensemble". Il n'y a de place que pour le rire et la fascination du jeu de ses comédiens. Dans la pièce Chiennes de Vies actuellement à l'affiche, Laura Charpentier, Juliette Phillips et Caroline Réali sont entièrement absorbées dans leurs rôles de filles qui veulent se venger d'un patron "macho". Le spectateur a l'impression que les trois actrices elles-mêmes sont concernées par les misères qu'il fait à ses employées. Les gestes, les expressions du corps ou du visage, leur manière de parler, tout semble authentique.

Mais la force du scénario n'est pas seulement dans ce qu'on voit sur scène, mais aussi dans ce qu'il suggère. Ainsi, on ne voit jamais le "méchant", mais on le "sent" tout le temps, d'abord comme un chef abominable, plus tard comme un homme peut-être pas si méchant que cela... La pièce rend le public capable de détester et d'aimer un homme qu'il ne rencontre jamais.

Celui qui ne le sait pas n'aurait jamais l'idée que Laura Charpentier, Juliette Phillips ou Caroline Réali pourraient être des actrices débutantes qui n'ont pas encore accumulé des expériences sur les grandes scènes. Elles sortent juste de leur formation - une formation qui a eu lieu à l'endroit même où, avec un tel naturel, elles jouent dans "Chiennes de Vies". Car former des acteurs est une des missions essentielles de Michel Saillard et sa "Cicrane". C'est pour eux qu'il écrit ses pièces de théâtre, et ce n'est qu'avec eux qu'il les réalise.

Michel Saillard, la Cicrane à MontpellierMichel Saillard, l'ancien Rik des Pit et Rik, n'a pas changé. Il était toujours un homme passionné, et il le restera jusqu'à la fin. Sa passion, c'est l'humour. Tant que les gens rient, ils ne font pas de mal. Le rire rend la vie plus belle, et il n'y a pas de meilleur remède contre tristesse et maladie.

Sans doute, Michel Saillard est bien entouré par ses acteurs et actrices. Mais il a aussi une partenaire qui est irremplaçable : sa partenaire de vie et sa partenaire dans l'aventure de la Cicrane - Claudine Bouygues, presque toujours "cachée" dans les coulisses, garantit la qualité du son et de la lumière. Un pari qu'elle tient largement.

Il est vrai que Michel Saillard a côtoyé les hommes et femmes les plus importants du Show Business, les grands théâtres et les studios les plus fameux. Il a connu le luxe et la gloire - mais aujourd'hui, comme il dit, il connaît la joie. "Je ne suis pas là pour gagner de l'argent", explique-t-il. Il est là pour le plaisir de voir les acteurs jouer ses pièces - les acteurs qu'il a formés lui-même. Il est là pour donner de bonne humeur aux spectateurs, et il est là pour sa passion de l'humour.
Photos et texte : copyright Doris Kneller

jeudi 14 octobre 2010

Manifestation à Montpellier : retraites, Roms, solidarité

Le jour 1 de la révolution est-il arrivé ? - Micro-trottoir à Montpellier

Manifestation à Montpellier contre le projet des retraites11 heures, l'intérieur du Polygone. Des dizaines de personnes se dirigent vers la sortie Esplanade. Et toutes s'arrêtent, stupéfaites, devant les portes de fer fermées. Un agent de sécurité les informe qu'elles ne peuvent pas sortir, ni ici, ni à côté - la seule sortie ouverte est celle de la place Paul Beck. L'homme paraît épuisé. Patient, il répète sa réponse à toujours la même question : pourquoi ?

C'est la manifestation des lycéens qui a fait peur aux responsables du Polygone. Ils auraient menacé, comme explique l'agent de sécurité, de casser le "centre entier". Les gens, pressés de sortir, réagissent mal. "On est donc prisonniers ?" demande une femme dans la trentaine. Et une autre, un peu plus âgée, rigole : "Prisonniers de la révolution. Les amis, on vit une journée historique."

D'autres se fâchent carrément. "Nous avons autre chose à faire que retourner jusqu'à la place Paul Beck et contourner tout le bâtiment." - "Si vous ne voulez pas nous laisser sortir, aurait fallu fermer les portes au moment où on est entrés." - "J'arrive justement de la place Paul Beck. Vous auriez pu avoir la politesse d'y mettre un panneau." Et, en effet, il y a toujours des dizaines des gens qui traversent le Polygone, comptant sur la sortie côté Esplanade...

Manifestation des lycéens à MontpellierLe jour 1 de la révolution est-il arrivé ? À Montpellier, les opinions divergent - il y a des gens qui se disent "apolitique" - "la politique ne m'intéresse pas, je compte sur moi, pas sur l'état" -, d'autres pensent que, de toute manière, on ne peut rien faire, et encore d'autres ont envie "d'incendier" Montpellier. Y a-t-il un chemin susceptible de satisfaire tout le monde ?

"Vous allez voir", répond un Monsieur d'une quarantaine d'années à la question de l'équipe des Gens de Montpellier. "Sarkozy aura raison. Le mouvement sera bientôt terminé. Les gens s'enflamment pour quelque chose, mais ils se calment rapidement." Au moment où il donne son opinion, des dizaines de milliers de personnes défilent devant lui, les uns excités, d'autres calmes, il y en a qui chantent et d'autres qui rigolent. Un autre spectateur, un peu plus jeune que le précédent, se mêle de la conversation. "Qu'est-ce qu'on peut attendre des gens ? On peut manifester une fois, deux fois, même trois fois. Mais après, on en a marre. Le gouvernement n'attend que ce moment."

Des lycéens qui se trouvent sur la Comédie tandis que la manifestation des jeunes se déroule autour du centre ne se montrent plus acharnés. "Nous sommes jeunes", explique un jeune homme, "les retraites ne nous regardent pas encore. Mais il y a question de principe. Il faut être solidaire, et on ne peut pas tout permettre." Un de ses camarades ajoute : "Les retraites, ce n'est pas pour demain, mais un jour, on y sera nous aussi. On lutte pour notre avenir."

Manifestation à Montpellier"Et il n'est pas seulement question des retraites", reprend une des filles. "Il y a plus... les Roms, par exemples. On ne peut pas les jeter dehors comme ça." Un jeune homme intervient : "Mais on n'est pas terre d'accueil non plus. Mais tu as raison" - il s'adresse à la fille - "on ne peut pas les jeter dehors comme ça. Il faut trouver d'autres solutions. En plus, la plupart des Roms sont des Européens."

Si ces lycéens se sentent si engagés, pourquoi ne participent-ils donc pas à la manifestation ? - "On est allés à la manifestation", répond une des filles, "mais on ne voulait pas rester. Ils ont commencé à casser les voitures. On n'y va pas pour ça." - "Elle a raison", reprend un des jeunes hommes. "Nous, on y va pour la cause. Parce qu'on veut montrer à Sarkozy que nous sommes là et que nous avons une voix. Mais y en a qui ne comprennent rien. Ils ne veulent que casser des voitures." - Son collègue est plus sceptique : "Peut-être c'est Sarkozy lui-même qui nous envoie des gens pour nous discréditer..." Les autres rigolent, mais leurs visages n'expriment pas de joie.

Plus tard, dans un bus qui, pas à pas, se traine le long de la rue de Maguelone, deux dames d'une soixantaine d'années se fâchent. L'une d'elles vient de reprocher au chauffeur son retard. Celui-ci s'est excusé en avançant des problèmes causés par les manifestations. "Des excuses, toujours des excuses", commente la deuxième dame. Et la première "Ils nous tiennent pour quoi ? On sait bien que la manifestation est terminée depuis des heures." Ensuite, elles commencent à discuter des lycéens. "Ils n'ont pas encore travaillé et ils sont déjà dans la rue", se lamente une des dames. "S'ils veulent manifester, ils doivent aussi travailler." L'autre dame n'est pas d'accord : "C'est maintenant que se prépare leur avenir." Et une troisième dame, plus jeune que les deux, intervient : "Les lycéens ne manifestent pas seulement pour leur avenir, mais aussi pour la solidarité."

La solidarité est un terme souvent évoqué par les Montpelliérains, ces jours-ci. "Nous avons besoin de la solidarité de tout le monde", explique une dame dans la trentaine qui dit être "apolitique quand on peut se le permettre - pas maintenant, alors." Et elle continue : "Ce qu'il nous faudrait, c'est la grève totale. Toute la France doit s'arrêter. Mais comment faire ? Les gens ne peuvent pas se payer une grève illimitée, ils ont besoin de leur salaire. Je suis sûre qu'en principe, une seule journée de grève serait suffisante pour que le gouvernement nous entende - mais il faudrait que ce soit une journée de grève totale où tout le monde participe."
Photos et texte : copyright Doris Kneller